‘United we stand, divided we fall!’

Il y a quatre ans, Gerdy Vervloesem s’était engagé comme volontaire à la Croix Rouge après les attentats de Bruxelles. Limiter les souffrances et sauver des vies, tel était alors son credo. Fort de son expérience dans une situation de crise, Gerdy nous livre quelques conseils.

Gerdy Vervloesem : ‘La capacité de résilience de l’être humain est énorme, mais la résilience d’une équipe solide et authentique est encore plus grande. Une formidable solidarité est à l’œuvre aujourd’hui: entre nous, avec les clients et au-delà des groupes cibles. Et nous sommes encore dans l’œil du cyclone. 

Sur la base de mes évaluations effectuées au sein de divers groupes de travail suite aux débriefings sur les attentats du 22 mars à Bruxelles, je vous fais volontiers part de quelques suggestions mais également de quelques réalités crues auxquelles nous allons être confrontés, que nous le voulions ou non.

Le coping, qu’est-ce que c’est?

Dans cette situation, chaque individu définira sa propre stratégie de coping (d’adaptation). En psychologie, le terme ‘coping’ désigne la manière dont une personne fait face aux problèmes et au stress. Toutes sortes de facteurs de stress persistants sont concernés: le chômage, le divorce, la douleur, la guerre ou la crise que nous vivons actuellement.

Il existe différents mécanismes et stratégies de coping. Les gens adaptent leur mécanisme en fonction des circonstances et de leur stratégie de coping (également appelée style de coping) liée à leur personnalité.

La façon dont une personne réagit à une situation stressante ne dépend pas, ou très peu, de la nature du problème mais bien plus de sa stratégie de coping. C’est cette stratégie de coping qui va lui permettre de choisir une manière (mécanisme de coping) de s’attaquer au problème. Il peut en résulter des troubles psychosomatiques tels que le découragement (consécutif à un sentiment d’impuissance), la dépression ou même l’agressivité. Les réactions positives que nous accueillons à bras ouverts (si l’on peut s’exprimer ainsi en ces temps de distanciation sociale) se traduisent par la solidarité, la résistance et la capacité de réaction.

Après un temps, la première vague de solidarité cède souvent la place à la méfiance. Après le 22 mars, cette méfiance s’est manifestée à l’égard de certains groupes de population. Il en ira de même lorsque la crise du coronavirus sera derrière nous. Et cette méfiance se nourrit en partie d’un sentiment profondément humain: la peur.

 

Quelques conseils à l’intention de vos collègues

Premier conseil important: aidez un(e) collègue qui a été malade, qui a peut-être été victime du virus et souhaite réintégrer son équipe. Souciez-vous de son bien-être. Faites en sorte qu’il/elle se sente à nouveau chez lui/elle au sein de l’équipe. Sachez que le monde médical ne prend aucun risque actuellement: lorsqu’on est guéri, on est vraiment guéri. Qui plus est, cette personne a développé des anticorps contre le virus.

Le même conseil s’applique aux collègues qui sont directement touchés, personnellement ou dans leur cercle intime: parlez avec eux. Partagez vos peines, vos soucis, vos peurs et vos expériences. Le meilleur thérapeute est celui qui partage le même sort que vous.

Respecter la distanciation sociale ne signifie pas être socialement distant. Un collègue proche de vous est absent? Appelez-le! Ne lui envoyez pas d’e-mail, mais téléphonez-lui et ayez une écoute active. Votre collègue n’a pas choisi de se retrouver dans cette situation. L’attention que vous lui porterez lui fera sans aucun doute plaisir. Et s’il n’en veut pas, il ne décrochera pas son téléphone.

Faites preuve d’humour. Internet fourmille de petites vidéos, et ce n’est pas pour rien! L’humour permet en effet d’augmenter la capacité de résilience collective. Pas besoin de copier ces vidéos à l’infini, puisque nous sommes tous connectés. Mais n’hésitez pas à faire preuve de créativité!

Soyez intransigeants et disciplinés dans votre travail, mais indulgents envers vous-mêmes. Oui, il est normal que vous ayez peur et que vous ayez des doutes. N’ayez pas honte et parlez-en avec une personne de confiance. En temps de crise, il est très important de s’exprimer !’

Ne perdez pas de vue que les périodes de crise révèlent la véritable nature de l‘homme et en font parfois apparaître certains côtés moins reluisants. Elle peut s’exprimer sous différentes formes: l’égoïsme, l’opportunisme ou la jalousie, mais aussi le soutien, l’amitié et l’aide matérielle que, de prime abord, vous n’attendiez pas. On reste humain, ne l’oublions pas.

 

Conseils à l’intention des dirigeants

Vous dirigez une équipe mais vous êtes avant tout un être humain. Tout ce qui précède vous concerne également.

Soyez attentifs à ceux qui rencontrent des difficultés professionnelles (y compris avant cette crise). En général, ces personnes ne se manifestent pas. Elles se renferment sur elles-mêmes parce qu’elles ne sont peut-être pas les plus performantes et qu’elles craignent d’être les premières à passer sur l’échafaud si des décisions radicales devaient être prises au niveau de l’entreprise. Prenez l’initiative de vous entretenir avec elles, rassurez-les et soyez à l’écoute de ce qui les préoccupe.

Vous avez fait le choix d’assumer un poste de dirigeant, ce qui n’est pas sans conséquence. Un véritable manager ne se soustrait pas à ses responsabilités, il dirige son équipe, surtout lorsque les temps sont durs. Et cela implique parfois de devoir affronter des situations pénibles. Les dirigeants peuvent douter, eux aussi. Ce n’est pas une faiblesse, ni une honte. Parlez-en avec d’autres personnes dans une fonction similaire, ou des personnes de confiance. Cela peut être quelqu’un qui a prouvé ses compétences à ce niveau.

Ne partagez pas vos doutes avec des tiers en dehors de l’organisation. Je le répète: chaque crise révèle le côté moins reluisant de l’être humain. Il ne faudrait pas que vous regrettiez plus tard des déclarations que vous auriez faites en ces temps difficiles.

 

United we stand, divided we fall

Et pour conclure: jamais dans l’histoire, nous ne nous sommes trouvés face à de telles opportunités. Même après la Seconde Guerre mondiale lorsqu’ont émergé deux grandes puissances (entendez: deux puissances financières). Aujourd’hui, nous sommes tous logés à la même enseigne. Et même si cela peut paraître héroïque, à quelque niveau que ce soit, votre famille, votre entreprise ou la société tout entière, nous ne pouvons souscrire qu’à une seule devise : United we stand, divided we fall. Et restons en contact!

Les médias nous abreuvent de conseils santé. Ils sont pertinents!

  • Le sommeil et l’activité physique ont une énorme influence sur notre métabolisme mais également sur notre état émotionnel. Dormez suffisamment. Vous entretenez ainsi votre mécanisme de défense contre des infections virales et autres et vous mettez également votre cerveau au repos. Tout ça c’est très beau me direz-vous, mais si je suis anxieux et que je n’arrive pas à dormir parce que mon cerveau continue à mouliner ? Nous connaissons tous cela. Sans recourir nécessairement aux médicaments, cherchez par vous-même un moyen de vous reposer en suffisance.
  • Et coupez-moi ce GSM! Nous devons bien sûr maintenir des contacts virtuels. Mais notre cerveau a aussi besoin de faire une pause. Peut-être vous sentez-vous moralement obligé de passer des tas de coups de fil. C’est louable et cela part d’un bon sentiment, mais comme pour tout, consommez avec modération. Les conditions de travail actuelles (le télétravail) et la profusion de moyens de communication numériques sont autant d’incitants, même si c’est positif. Sans oublier le lot de ‘fake news’. Tout le monde n’est pas animé de bonnes intentions. Déconnectez donc régulièrement, y compris de votre PC et de votre GSM.

 

Auteur

Barbara Claeys

jeudi 16 avril 2020