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La théorie des 5 R

Avez-vous déjà remar qué à quel point la passion fait pétiller un regard ? Cliché, direz-vous ! Probablement – voire assurément.

Mais un cliché ne mérite-t-il pas ce nom, justement, du fait de la grande part de vérité qu’il comporte ? C’est donc le regard pétillant que Liesbeth Schwartz nous parle de sa société.

Lorsque nous poussons la porte de HTMS à Malines, la journée s’annonce belle et le soleil, dont l’automne 2016 n’a pas été avare, nous fait l’agréable cadeau de sa chaleur réconfortante. Un cadeau, telle est aussi la manière dont Liesbeth Schwartz considère sa vie et son travail. Face à la responsable de l’entreprise HTMS, les questions s’avèrent vite superflues : son enthousiasme est tel que les phrases s’enchaînent naturellement – comme une histoire qu’elle s’émerveille de pouvoir écrire jour après jour.

Une histoire qui débute voici dix-sept ans, en 1999, année où HTMS voit le jour. Ce récit n’a rien d’une fiction mais laisse pourtant une large place à l’imagination. L’imagination d’une femme entrepreneur qui a osé rêver, et l’imagination dans son sens le plus large, quand on sait à quoi servent les produits de HTMS (High Tech Metal Seals). Leurs joints d’étanchéité métalliques, capables de résister aux conditions extrêmes, explorent les confins de notre univers à bord de navettes spatiales et veillent à notre sécurité dans le nucléaire ou le médical.

Mieux faire

Avant de rejoindre HTMS, Liesbeth Schwartz travaillait pour une entreprise américaine également active dans le secteur des joints métalliques. Mais dans la filiale belge de cette entreprise, le département « métal » faisait figure de parent pauvre… Liesbeth et sa collègue Ruud Ilegems s’occupaient respectivement des achats et de la production. « C’était une entreprise de qualité, mais Ruud et moi avions envie de faire les choses autrement et, disons-le clairement, en mieux. Je dis "en mieux" car notre employeur de l’époque n’investissait plus dans le département des joints métalliques de notre filiale. Pourtant, ma collègue et moi étions conscientes qu’il y avait là un créneau à exploiter. Nous avons donc franchi le pas. » Deux ans plus tard, le mari de Liesbeth, Paul Van den Broeck, rejoint le duo. À ce moment, "mieux faire" implique aussi de choisir une niche – choix dont Liesbeth se félicite encore aujourd’hui. « Nous nous sommes différenciés en nous spécialisant dans la "résistance aux conditions extrêmes" ». Nos joints sont utilisés pour des applications très spécifiques, notamment dans les secteurs aéronautique et spatial, et dans l’industrie offshore du pétrole et du gaz, où nous offrons une réelle valeur ajoutée. »

Nous ne sommes là que depuis une demi-heure, mais une chose est sûre : ce "mieux faire" est une constante dans l’histoire de HTMS. L’entreprise révise tous les cinq ans sa vision d’avenir, en précisant ce qu’elle entend faire de plus, d’autre et de mieux. Cette vision d’avenir anime l’entreprise depuis sa création 1999 avec l’ambition de devenir un acteur essentiel sur un marché de niche. Mais pour entreprendre, rêver ne suffit pas. « Tout commence nécessairement par un rêve », confie Liesbeth, « mais parallèlement au rêve, quatre autres R majuscules me motivent depuis des années : "Réfléchir, Réaliser, Risquer et Résister "; avec "Rêver", voilà les mots qui résument tout et que nous n’avons de cesse d’améliorer »

« Rêver, Réfléchir, Réaliser, Risquer et Résister : les mots qui résument tout »

« Rêver, Réfléchir, Réaliser, Risquer et Résister : les mots qui résument tout »

Une politique qui a porté ses fruits : en 2016, HTMS compte 48 collaborateurs. Une équipe dont Liesbeth Schwartz est particulièrement fière : « Nous formons une super équipe où chacun – et je dis bien chacun – des 48 maillons dispose de compétences propres. Nous sommes égaux, mais nous avons tous un background différent et nous nous complétons à merveille. »

Sortir de sa zone de confort

Une nouvelle vision d’avenir voit le jour en 2015, inspirée des mêmes valeurs : encore et toujours mieux rêver, réfléchir, réaliser, risquer et résister. Pour ce faire, l’entreprise fait appel à une société de coaching. « Nous avons décidé d’élargir notre trio. Nous avions jeté des idées sur papier ; la société de coaching leur a donné forme. Paul, Ruud et moi-même avons aussi été évalués lors d’un long entretien très instructif, histoire de jauger si nous étions suffisamment réalistes et capables de concrétiser notre projet avec l’équipe en présence. Ce coaching a débouché sur "HTMS 2020". » Toute à son projet, Liesbeth nous gratifie d’un sourire éblouissant qu’elle tente rapidement de maîtriser avant de poursuivre : « En 2020, HTMS réalisera un chiffre d’affaires de 12,5 millions et emploiera 80 personnes. Notre collègue Dimitri Van den Broeck, force vive de l’entreprise, deviendra notre 4e associé. »

L’aide de la société de coaching s’est également avérée très instructive pour Lisbeth sur le plan personnel. « J’étais ravie d’avoir enfin un interlocuteur extérieur à notre secteur. En tant que dirigeante d’entreprise, je suis l’interlocutrice privilégiée de tous, mais je sors rarement du cercle formé par notre trio. Ce qui, à long terme, n’est pas sain. Il faut pouvoir sortir de sa zone de confort. »

Depuis lors, ‘HTMS 2020’ a déjà fait du chemin. Un nouveau département innovation a été mis sur pied en 2016. «L’innovation est cruciale dans ce secteur de haute technologie », souligne Liesbeth en tapant du doigt sur la table pour appuyer son propos.

« La priorité de l’entrepreneur est la satisfaction du client. Et dans le secteur spatial ou nucléaire, les clients ont une connaissance exhaustive de l’avenir.

Si nous voulons leur en offrir davantage, nous devons être toujours plus innovants. Les matériaux utilisés pour les joints métalliques évoluent beaucoup. Avant, nous nous estimions trop inexpérimentés pour prendre une part active à cette réflexion ; mais aujourd’hui, nous sommes prêts. Nos ingénieurs suivent actuellement une formation en métallurgie adaptée à leurs besoins, ici en interne. » Le labo de HTMS s’est lui aussi étendu et a investi dans un "super" microscope et un testeur de dureté.

Dans le secteur spatial ou nucléaire, les clients ont une connaissance exhaustive de l’avenir.
« Soudain, je ne savais plus qui j’étais ni où
j’étais »
« Soudain, je ne savais plus qui j’étais ni où j’étais »

Blackout

« Soudain, je ne savais plus qui j’étais ni où j’étais »

Chercher à toujours mieux faire, c’est placer la barre toujours plus haut. Et donc s’obliger à se hausser, de temps en temps, sur la pointe des pieds. Même si l’exercice n’a rien d’inconfortable pour Liesbeth Schwartz – dont l’enthousiasme est tel qu’il peine à tenir entre les quatre murs de la salle de réunion –, la question mérite d’être posée : la fatigue n’est-elle pas, parfois, au rendez-vous ? Pour la première fois, Liesbeth choisit ses mots avec soin. « Il m’est arrivé d’être fatiguée, c’est vrai. » Courte pause. Puis : « Il y a trois ans, j’ai commencé à souffrir de graves "absences". Je ne savais plus où j’étais ni qui j’étais. » Liesbeth porte la main au front, comme pour se remémorer la réalité de cette expérience étrange. « J’ai eu mon premier blackout en sortant d’un magasin, mes courses en main. Je distinguais parfaitement la rue, mais j’étais incapable de me situer. Ma tête était vide. Je suis restée plantée là pendant cinq bonnes minutes avant de reprendre conscience du lieu où je me trouvais. » Liesbeth a vécu plusieurs épisodes similaires. Un jour, lors d’une réunion, elle répond machinalement à la personne qui lui proposait une tasse de café: « Fais pour le mieux. » Même sa langue maternelle semblait ne plus avoir de sens.

Quelques années plus tard, Liesbeth en parle sans détour. « J’ai pensé à une hypoglycémie ; j’ai consulté des endocrinologues. Mais mon problème n’était pas physique. J’étais proche du burnout. J’ai progressivement réalisé que les entretiens de coaching, lorsque nous avons esquissé "HTMS 2020", avaient mis le doigt sur le problème : depuis des années, j’assumais des responsabilités qui n’étaient pas vraiment ma tasse de thé, mais que j’acceptais "parce qu’il le fallait bien" et parce que, après tout, c’était mon entreprise. Par exemple, j’ai dirigé le département qualité pendant de longues années. Je précise : je ne l’ai pas fait contre mon gré! Je pensais même aimer ça mais, en y réfléchissant, j’ai compris que je me trompais. En fait, j’étais juste persuadée que c’était ce que tout le monde attendait de moi. »

« La créativité est une qualité indispensable à tous les entrepreneurs. »

Liesbeth n’avait aucune envie de consulter un psychiatre. « J’ai décidé de m’attaquer moi-même au problème. Et c’est ce que j’ai fait. J’ai appris à lâcher prise et à prendre du recul. » A-t-elle tiré des leçons de cette expérience ? « Oui. Dans la vie, il faut faire ce que l’on aime, autant que possible. Le burn-out est une maladie de notre temps. Beaucoup font un travail qu’ils n’aiment pas. Il faut aussi être très attentif à maintenir un bon équilibre entre vie privée et professionnelle. Heureusement, la société a bien évolué sur ce point : on ne vous regarde plus de travers lorsque vous souhaitez réduire votre temps de travail. C’est ce que je fais depuis deux ans : je ne travaille plus le vendredi. C’est ma journée à moi. Mon "me-time", comme je l’appelle. Journée à la mer avec une amie, rendez-vous chez le coiffeur, shopping, lecture : le choix est infini ! J’ai constaté que cette journée de liberté boostait ma créativité. Et la créativité est une qualité indispensable à tous les entrepreneurs. »

Les non-initiés pensent souvent qu’entreprendre, c’est brasser des chiffres, compter et faire preuve d’esprit pratique. Mais la créativité est au moins aussi importante ; offrez-lui de temps à autre le calme et l’espace dont elle a besoin pour s’exprimer. Lâcher prise. Déconnecter. C’est un véritable luxe à une époque où il est de plus en plus difficile d’éteindre le téléphone ou l’ordinateur. »

Zénitude et lâcher prise, donc, ajoute Liesbeth : « C’est le meilleur moyen de ne pas s’endormir debout, au sens figuré, et de continuer à aimer son travail. » Elle jette un oeil dehors, s’interrompt quelques instants, puis poursuit avec sérieux : « J’adore cette manière de travailler. J’en apprends tous les jours. Notre produit, de par son positionnement sur un marché de niche, est passionnant. Nous travaillons généralement sur des projets qui ne se concrétiseront que dans une vingtaine d’années, ce que je trouve formidable : nous construisons l’avenir avec nos clients. Ce n’est pas un hasard si nous avons baptisé notre joint-venture en Inde "HTMS Futom", pour Future of Tomorrow ».

Une saine fatigue

Étudiante, jamais Liesbeth n’aurait imaginé se retrouver un jour dans la position qu’elle occupe actuellement. « J’ai fait une première année de pharmacie à Louvain, mais ce n’était pas ma voie. Je me suis ensuite dirigée vers des études d’ingénieur industriel finalité chimie et ce fut la révélation. À ce moment, je m’imaginais travailler dans un labo. Les choses ont évolué différemment. Je me suis toujours donnée à 100 % dans tout ce que j’entreprenais. Je pense qu’il était écrit quelque part que mon côté dynamique et ambitieux ferait un jour surface. C’est un trait de caractère que je reconnais aujourd’hui chez nos trois enfants de treize, quinze et dix-sept ans. Notre aînée a récemment décidé de partir un an à l’étranger pour approfondir sa connaissance des langues avant d’entamer l’université. Nous ne l’y avons pas poussée ; c’était sa décision et elle s’est occupée de tout. » Le regard pétille à nouveau : « En tant que mère, j’en suis évidemment très fière. Je ne sais pas si nos enfants travailleront un jour avec nous, et c’est sans importance. J’espère simplement qu’ils auront la chance de faire comme nous : débuter modestement mais avec un grand rêve, avoir encore tout à apprendre, et attendre patiemment les premiers deniers de leurs clients – mais continuer à rêver, à risquer, à réaliser, à réfléchir et à résister. Mes amis me disent souvent que j’ai l’air fatiguée – et ils n’ont pas tort. Je leur réponds : oui, je suis fatiguée, mais c’est une saine fatigue. »

Alors que l’entretien se termine, Liesbeth Schwartz nous demande si elle peut ouvrir la fenêtre. « Il fait chaud dans cette pièce – laissons entrer l’air frais. » Si elle ne le réalise pas, cette phrase la caractérise à merveille : une femme qui veille à ce que personne – ni elle, ni son entreprise, ni ses collaborateurs – ne manque d’oxygène et d’énergie pure.

« La créativité est une qualité indispensable à
tous les entrepreneurs. »

Auteur

Veerle Beyen

communicatie- en marketingspecialist

jeudi 20 décembre 2018