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La pharmacienne du village

Marie-Noëlle Quarré, pharmacienne depuis 2009.

Le village d’alleur est niché dans un écrin champêtre où la douceur du paysage et la lumière de cette jolie matinée apportent une touche qui ressemble au bonheur. C’est là que se trouve la pharmacie de Marie-Noëlle Quarré, et c’est comme une évidence tant la femme et le village sont faits l’un pour l’autre. La même douceur dans le regard. La même lumière dans le sourire.

« Autant je me sens très à l’aise dans mon métier, autant je n’aime pas quand l’attention porte sur moi. » Il va pourtant falloir qu’elle raconte sa pharmacie qu’elle chérit tant et qu’elle se raconte, elle, la pharmacienne du village – un titre auquel elle tient beaucoup.

La nature comme une seconde nature

« Je suis devenue pharmacienne un peu par hasard. Étudiante, j’étais attirée par tout ce qui était scientifique et aussi par le corps humain. Mon papa était médecin, ça a sans doute joué. J’aime beaucoup le contact et, comme je suis pharmacienne, j’ai énormément d’occasions d’être proche des gens, un peu comme j’ai vu mon père l’être. Voilà, on peut le dire comme ça : j’aime écouter les gens et j’aime les choses rigoureuses. Au départ, je pensais me diriger vers la cosmétologie, c’est une spécialisation de deux ans qu’il faut ajouter à la formation de pharmacie. Et puis, quand je suis venue ici dans cette pharmacie, pour faire mon stage, sans savoir qu’un jour ce serait la mienne, j’ai adoré. J’ai donc décidé de poursuivre dans cette branche-là. Ce qui m’intéresse tout particulièrement, c’est la phytothérapie, la médication par les plantes. »

 

Tous les médicaments classiques d’aujourd’hui, issus des entreprises pharmaceutiques, ne sont que les copies chimiques des molécules naturelles.

Marie-Noëlle Quarré s’anime. On sent que cet intérêt particulier qu’elle nourrit pour la santé au naturel, c’est véritablement son dada. Je me suis spécialisée dans cette branche et, dans ma pharmacie, j’ai beaucoup de clients qui viennent me voir pour ça. Pour des produits naturels. »

 

Se différencier

« Une pharmacienne, c’est aussi la personne qui va vous recevoir, vous écouter et vous rassurer. La relation va dans les deux sens : le lien avec mes clients me permet de veiller avec eux de manière préventive sur leur santé. Un tiers de mes clients viennent sans ordonnance. Je suis leur seule interlocutrice, mais, si leur problème ne peut être résolu sans l’intervention d’un médecin, je les encourage à consulter leur généraliste. Je suis en contact avec plusieurs médecins, nous travaillons dans le même objectif. Parfois, le patient n’a pas assez d’informations sur son traitement et c’est alors à moi de lui donner plus de détails. Il arrive aussi que le médecin ait mal noté le nom d’un médicament et il faut que je l’appelle pour qu’il me le précise. Oui, il a fallu que j’apprenneà décrypter les ordonnances. » Marie-Noëlle Quarré rit : « Avec les années, j’ai appris à les lire tous ! »

La concurrence. Voilà une facette moins scientifique de l’activité de Marie-Noëlle. Dans un rayon de quelques kilomètres se trouvent deux autres pharmacies, toutes deux tenues par des indépendants comme elle. Ces pharmacies ne font toutefois pas trop d’ombre à Marie-Noëlle qui a su se différencier grâce à la phytothérapie. Ses clients le savent bien, et viennent la consulter en cas de jambes lourdes ou de rhume chronique. Un autre type de parapharmacie a également ouvert ses portes à seulement 3 kilomètres de chez Marie-Noëlle. Conçue sur le modèle de la grande surface, elle offre des prix imbattables sur toute la parapharmacie. Marie-Noëlle sait toutefois qu’elle apporte une valeur ajoutée au patient en créant du lien. L’écoute et le conseil lui permettent d’aider au mieux ce dernier. Peut-on en dire autant de la grande surface, qui vise avant tout à maximiser les ventes ?

 

Marie-Noëlle sait qu’elle a quelque chose de plus, de mieux, à offrir à ses clients.
« Ma force est aussi d’être indépendante. Mon engagement est différent que si j’étais employée et, ça se ressent dans la relation avec mes clients. Moi, ce qui me plaît, c’est cette mentalité de pharmacie de village : on se côtoie, on se connaît, on se parle... »

On sent bien cette empathie, ce besoin qu’a Marie-Noëlle Quarré d’être proche des gens. Elle confie : « J’ai essayé la ville, mais ce n’était pas pour moi. Mon mari habitait Bruxelles quand nous nous sommes rencontrés. J’ai fait un stage dans une pharmacie de la capitale, pour essayer la vie en ville, mais je ne m’y sentais pas bien du tout. C’est donc lui qui m’a suivie ici. »

Son regard s’échappe, chargé de tendresse pour l’homme qu’elle a épousé, et avec qui elle a fondé une famille – elle a deux filles âgées de 16 et 18 ans –, l’homme qui l’accompagne et la soutient aussi. Sans lui, reprendre la pharmacie et s’y consacrer comme elle le fait aurait été impensable.

 

Oui, la pharmacie, c’est beaucoup de présence. Avant, nous habitions à l’étage. Bien sûr, c’est pratique pour s’occuper des enfants, mais on ne fait plus de coupure. »

 

On pourrait presque penser que deux femmes habitent cette même personne : la pharmacienne et l’épouse/mère de famille. Une dualité exprimée par beaucoup de femmes qui se consacrent à fond à leur profession. Elle aussi a demandé à son époux de ,s’occuper des fi lles le samedi, jour d’ouverture de la pharmacie. Et les week-ends de garde. Mais la douceur de Marie-Noëlle a pu rencontrer une autre douceur. C’est que c’est contagieux ces sentiments-là.»

 

Ma force est aussi d’être indépendante. Mon engagement est différent que si j’étais employée et, ça se ressent dans la relation avec mes clients.

Le service au-delà du comptoir

Marie-Noëlle sait qu’une pharmacie, c’est une équipe. Et qu’une équipe, il faut l’animer, la motiver. « J’ai 3 employés : un temps plein et deux à temps partiel. Ce n’est pas facile de trouver les bonnes personnes : il faut qu’elles aient le diplôme mais surtout, la vocation. Le travail d’un pharmacien, c’est l’accueil, l’écoute, la bienveillance en plus de tout ce que l’on imagine de plus technique : les préparations, les commandes et le service.

Le service ne s’arrête pas au comptoir : quand un client marche avec des béquilles, je lui ouvre la porte. Quand une maman arrive avec une poussette, je l’aide à monter les trois petites marches à l’entrée de la pharmacie. Entre pharmaciens aussi, on s’entraide, on se dépanne. »

Quand la propriétaire de cette pharmacie, qui a fait naître en Marie-Noëlle sa vocation, lui propose de travailler avec elle, elle n’hésite pas un instant. Marie-Noëlle Quarré travaille alors en tant qu’employée pendant 9 ans, jusqu’au jour où sa patronne lui propose de racheter l’affaire. Marie-Noëlle lui demande un délai de réflexion de quinze jours. Elle en parle à son époux et consulte un comptable spécialisé qui la convainc. Elle se lance et ne regrette rien. Le souci du bien-être de l’autre se double d’un sens des affaires et d’une disponibilité entière.

« C’est vrai, ça n’a pas toujours été évident de gérer vie privée et vie professionnelle. Il faut savoir jongler avec les deux. Mon mari me demande souvent si je ne mets jamais mon esprit « sur off » (sourire). Mais en tant que maman, même si je n’ai pas toujours pu dire oui à tout, je me suis engagée, dans l’association de parents de l’école de mes filles, par exemple. Et au sein de notre paroisse, nous soutenons beaucoup de projets d’entraide. »

Une belle personne. Une femme comblée tant sur le plan personnel que professionnel. De quoi pourrait-elle bien rêver ? « J’aimerais un jour avoir la possibilité de transformer la pharmacie pour la rendre encore plus accueillante et plus actuelle. Je laisserais libre accès aux cosmétiques et aux produits pour les bébés, par exemple. C’est une tendance dans les pharmacies, mais chez moi, ce n’est pas comme ça : la pharmacie n’a pas bougé depuis 20 ans et les comptoirs bloquent l’accès. Il n’y pas assez de visibilité. J’ai quand même fait quelques aménagement depuis 4 ans, des petits détails : on a repeint et changé les éclairages. Mais pour des transformations plus conséquentes, il faut de gros moyens, alors j’attends un peu. »

Marie-Noëlle Quarré sourit. Comme pour signifier que ce rêve, elle va le concrétiser. Qu’elle a tout le temps et qu’un jour viendra. On le lui souhaite vivement. Elle sourit et son visage s’éclaire.

lundi 26 novembre 2018