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Le logement de demain

« Je n’ai aucune foi dans l’architecture spectacle, je crois plutôt aux projets qui nous aideront à surmonter les obstacles qui nous attendent. Voilà le principal défi pour l’architecte de demain. »

Quelles formes revêt l’habitat aujourd’hui ? Pour combien de temps encore ? L’architecte Thomas Cols tire la sonnette d’alarme. Et avec lui, nombre de ses homologues et d’experts en matière d’aménagement du territoire. « L’architecte de demain sera confronté à de grands défis. Nous devons nous y prendre autrement. C’est une obligation. Et mieux vaut maintenant que plus tard. »

En Belgique, 70 % de la population n’habite ni dans une ville ni dans un village, mais plutôt à l’écart de l’agitation. De préférence dans une maison indépendante avec un grand jardin et une vue dégagée, à proximité d’une bretelle d’autoroute. Avec une voiture garée devant la porte, évidemment.

Quelque chose nous pousse à construire partout et à morceler le paysage. Chaque jour, 6 hectares d’espace ouvert disparaissent. Un nombre croissant de spécialistes nous rappellent les conséquences néfastes de ce comportement.

Parmi eux, l’architecte Thomas Cols d’Areal Architecten : « Le Betonstop(stop au béton flamand) annoncé pour 2040, c’est un premier pas dans la bonne direction. Mais il faut voir plus loin. Beaucoup plus loin. Des défis gigantesques vont se poser à nous et nous ne pouvons pas continuer à construire et à nous loger comme nous le faisons aujourd’hui. Les architectes ont une lourde responsabilité à cet égard. »

Quels sont ces défis dont parle Thomas Cols ? Quel en est l’impact sur notre habitat ? Et quelles en sont les conséquences pour notre avenir ?

 

Changement climatique

Les jeunes descendent en masse dans les rues pour tirer la sonnette d’alarme. Le changement climatique figure à l’ordre du jour de tous les politiques. Les experts confirment le lien entre l’élévation mondiale des températures et les émissions de gaz à effet de serre découlant de nos activités.  

Thomas Cols :« Avec 16,1 %, nos habitations sont, après la navigation internationale, la deuxième source d’émissions de CO2dans notre pays. Le réchauffement dû aux carburants fossiles et notre consommation d’électricité sont les principaux coupables.

À l’horizon 2021, toutes les nouvelles constructions devront être quasi neutres en énergie. D’ici 2050, le gouvernement exige qu’un logement rénové décroche un score aussi bon qu’un bâtiment neuf.

Un sacré défi, que les architectes vont devoir relever. Nous remarquons que les promoteurs et les maîtres d’œuvre s’engouffrent avec toujours plus d’empressement dans le durable.

Techniques liées aux énergies renouvelables, bâtiments intelligents qui alignent de manière optimale la production d’énergie sur la demande et la production, pompes à chaleur géothermiques, coopératives énergétiques qui poussent comme des champignons, renforcement des règles de performances énergétiques (exigences PEB).

Les changements climatiques ont bel et bien une influence sur l’approche de l’architecte d’aujourd’hui et de demain. »

 

Le climat est agité de soubresauts convulsifs. Passer du fossile au durable, voilà notre objectif !
Plus de naissances que de décès, plus d’immigration que d’émigration. Dans notre pays aussi, la population va augmenter dans les années à venir.

 

Croissance démographique 

Sur le plan démographique aussi, nous nous préparons à de sérieuses difficultés. Nous vivons de plus en plus longtemps et sommes toujours plus nombreux. Ce vieillissement est un fait. En dix ans, le pourcentage des 65 ans et plus va progresser de 22 unités. Sans compter que la migration internationale va à son tour pousser la population belge à la hausse.

Quant à la multiplication des isolés, elle est tout aussi irréversible.

Thomas Cols :« Tout cela aura également des répercussions au niveau spatial et architectural. La population augmente, mais pas la surface habitable. Nous avons besoin de logements de qualité pour un nombre croissant de personnes.  

L’avenir est aux logements plus compacts et au partage de l’espace. Nous utiliserons un jardin ou un espace récréatif commun. Ce qui nous permettra d’avoir des logements plus petits sans toucher à notre confort. Des formes d’habitats alternatives s’imposent de toute urgence. Celles-ci donneront par ailleurs un sérieux coup de pouce au contact social. »

 

 

Mobilité 

La Belgique est la championne européenne du nombre d’heures passées dans les embouteillages par travailleur. En 5 ans, ce chiffre a augmenté de presque 54 %. Les autoroutes sont saturées, mais les bouchons s’allongent aussi sur les routes secondaires. Et si nous laissions la voiture au garage plus souvent ? Sommes-nous prêts à le faire ? Le doute est permis. Unmind switchs’impose donc sur le plan de la mobilité aussi.

Thomas Cols :« À l’heure actuelle, 80 % de la population mondiale habite en ville. Nous allons nous aussi devoir densifier nos noyaux villageois, nos centres urbains et nos villes sans nuire à la qualité de vie. Des études prévoient que dans 20 ans, il subsistera 10 % du parc automobile actuel dans nos villes. Les péages électroniques favoriseront indubitablement cette tendance. Tout comme la multiplication des mobilités alternatives : véhicules partagés, trottinettes électriques, transports en commun améliorés, etc.

La disparition d’une si grande quantité de voitures libérera énormément de place, qui pourra être occupée par des habitats avec beaucoup d’espaces extérieurs et de verdure. Les promoteurs sont toujours plus nombreux à vouloir associer une utilisation rationnelle du sol à des logements agréables. À nous, architectes, de leur apporter une réponse. À l’avenir, nous allons nous focaliser de plus en plus sur la dynamisation de la qualité de vie en ville. »

 

Trop de voitures, trop d’embouteillages. Si nous n’intervenons pas maintenant, nous serons bientôt tous à l’arrêt.
Une nouvelle génération arrive, des jeunes qui considèrent la location de services comme une évidence.

Nouvelle génération

Envie de voir ce film dont on vient juste de vous parler ? De découvrir le dernier « disque » de votre artiste préféré ? Un glissement de doigts et c’est fait grâce à Netflix et à Spotify. Extraordinaire pour nombre d’entre nous, mais pas pour les représentants de ce qu’on appelle la génération Y.

La location de services est inscrite dans leurs actes au quotidien. Ils grandissent baignés dans l’idée que « tout est possible partout ». Pourquoi dès lors prendraient-ils encore des engagements pour la vie ? La génération de demain pense différemment. Elle vit suivant d’autres normes et valeurs. Les choses sont là pour une courte durée tandis que les expériences, c’est pour la vie.  

Thomas Cols :« Cette génération déterminera sans aucun doute l’avenir de l’habitat, entre autres choses. Les millenialsne sont pas du genre à avoir une maison pour la vie. Leur truc, c’est le Temporary Living ou habitat temporaire. Ce qui explique le succès croissant des projets de cohousing. Ils partagent des infrastructures et un espace vert.

De même, l’état d’esprit global dans lequel grandissent les jeunes se traduira dans la manière dont nous allons construire et nous loger à l’avenir. Le monde est leur maison. Partir un certain temps à l’étranger pour le boulot ? Aucun problème !

Prenez le projet immobilier YUST (Young Urban Style) à Anvers. Il s’agit decity lofts compacts, clés en main, situés au cœur de la ville et que l’on peut louer pour une courte période. Des espaces communs comme un lavoir et un bar sont à partager.   

La tendance à l’habitat compact et temporaire ne fera que se renforcer. Du fait de la nouvelle génération, mais aussi de l’augmentation du nombre de célibataires et d’isolés. En 2016, un ménage sur trois se composait d’une personne, en 2060, cette proportion passera à un sur deux. »  

Le logement de demain ?

Thomas Cols ne croit pas en l’architecture spectacle ou en des bâtiments qui ressemblent à des créatures futuristes. « Nous devons avant tout créer des lieux dans lesquels il fait bon vivre. Des modèles de cohabitation qui répondent aux problèmes actuels comme la pollution, la surpopulation et la mobilité. C’est ça, l’avenir. Et le principal défi pour tous les architectes. »

 

Une nouvelle génération arrive, des jeunes qui considèrent la location de services comme une évidence.

jeudi 14 mars 2019