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Pour progresser, il faut pouvoir lâcher prise

La transmission d’une entreprise implique de pouvoir lâcher prise. Il ne s’agit pas uniquement de déplacer des piles de dossiers, mais de préserver l’âme de l’entreprise. Cette transition est comparable au processus créatif.

Nous avons rencontré Koen Vanmechelen, artiste belge contemporain. Parvient-il à lâcher prise et à céder ses créations ?

Koen Vanmechelen est un artiste connu pour sa recherche sur les croisements de poules domestiques de différentes races. « Mon travail est centré sur la conviction que tout organisme a besoin d’un autre organisme pour survivre. La diversité stimule l’immunité et la capacité d’adaptation. »

Basée sur ce concept, son oeuvre est vaste et va de la peinture à la photographie en passant par la sculpture, les installations et les projets internationaux qui lui permettent d’explorer les frontières entre art, science et engagement social.

Véritable pionnier dans son domaine, Koen Vanmechelen remporte un franc succès international. Pas uniquement dans le monde culturel. La communauté scientifique s’intéresse aussi à son approche. Mieux encore, la science contribue au travail de l’artiste. Des chercheurs du monde entier se basent sur ses idées. « Nous avons découvert que les poules croisées sont moins sensibles aux maladies, vivent plus longtemps et ont un comportement moins agressif. Leur ADN est tout simplement plus fort », explique Koen. »

Pour atteindre son objectif, il faut de l’ambition

A la manière d’un artiste qui retouche sans cesse sa toile, l’entrepreneur passe parfois des années à peaufiner son travail. Un chef d’entreprise dessine les contours de son activité, joue avec les nuances et apporte sa vision personnelle. Dans quel but? Celui de renforcer son entreprise. C’est l’héritage qu’il laisse aux générations futures. Quels sont les points de convergence entre l’entreprenariat et l’art?

Ajuster sa vision aux faits

Un constat s’impose dès le départ : le lâcher prise fait partie intégrante de l’art de Koen Vanmechelen. « Je ne me charge pas moi-même de la recherche scientifique.Le lâcher prise est donc immédiat », expliquet-il. « En tant qu’artiste, j’ajuste ma vision aux faits. Je transmets mon concept aux scientifiques. Ce sont eux qui possèdent le savoir. La tension entre l’imagination et le savoir fait naître quelque chose de neuf. Pour progresser, je vais donc continuer à lâcher prise.

Entrepreneur ou artiste : où se situe la différence ?

Deuxième constat : Koen Vanmechelen doit son succès à sa passion, à son inspiration. L’entrepreneur aussi, même s’il ne puise pas sa force à la même source.

« La grande différence entre un entrepreneur pur et dur et un artiste, c’est que l’entrepreneur est galvanisé par son ambition, tandis que l’artiste se laisse guider par le désir », analyse Koen Vanmechelen. L’ambition est positive. Elle est nécessaire si l’on veut atteindre son objectif. L’ambition est aussi concrète. L’entrepreneur dit : ‘voilà ce que je vise, voilà ce que je veux atteindre. Pour ce faire, je vais fabriquer un objet aux dimensions précises.’ »

« L’artiste, lui, pense : ‘J’ai un désir. Comment le matérialiser?’ Il va d’abord imaginer un objet de 50cm de long. Le jour suivant, l’objet fera 9 mètres. Le désir est changeant, il ne se laisse pas mesurer. Il n’est pas intéressant d’un point de vue commercial. L’entrepreneur a la capacité de visualiser un marché et d’avoir un objectif économique clair. Moi, je me laisse guider par les désirs qui émergent au fur et à mesure.

Rien de ce que je fais aujourd’hui ne sera vendu demain. Ni l’année prochaine, d’ailleurs. Je commence seulement à vendre des oeuvres qui ont déjà 5 ans. Tout ce que je sais, c’est que je dois vendre. Chaque oeuvre est la conséquence d’une autre. Tout se tient. »

Le rapport à l’acheteur

Toute personne qui a passé des années à mettre sur pied son entreprise a évidemment un fort lien émotionnel avec son activité. C’est un peu son bébé. Impossible de le confier au premier venu. Et chez l’artiste ?

« C’est difficile à dire », reconnaît Koen Vanmechelen. « Je n’ai pas d’exigence particulière en ce qui concerne mes acheteurs. Chacun fait ce qu’il veut de mes travaux. Je n’ai pas besoin que l’on m’aime, il faut juste aimer mes créations. J’ai noué des relations incroyables avec certains acheteurs, mais il y en a aussi que je n’ai jamais rencontrés. Je sais par exemple que Barbara Streisand possède une de mes oeuvres, mais je ne l’ai jamais rencontrée. Je sais ce qui me pousse à créer. Mais j’ignore ce qui pousse les gens à acheter ce que je crée. »

Koen Vanmechelen est pourtant convaincu que ses travaux atterriront dans de bonnes mains. « Je crois que les gens qui aiment l’art ressentent ce qui soustend une oeuvre. C’est de l’ordre de la sensation, ce n’est pas tangible. Cela vous nourrit. Vous ne pouvez pas vous en passer. Il existe une connexion, mais elle est inexplicable. Il faut pouvoir parler la langue d’une oeuvre d’art », traduit l’artiste de manière poétique.

La transmission d’une entreprise n’a rien de poétique, c’est du concret. Il n’empêche qu’elle génère beaucoup d’émotions, surtout dans le cas d’une transmission familiale. En tant que chef d’entreprise, vous voulez ce qu’il y a de meilleur pour votre affaire ; vous souhaitez également traiter tous vos enfants sur un pied d’égalité. Tout le monde n’a pas la fibre d’un entrepreneur. Cela entraîne parfois des choix difficiles. Vos enfants ont ils les qualités requises pour reprendre votre activité ? Pour l’exprimer comme Koen Vanmechelen : parlent-ils la langue de votre entreprise ?

Je n’ai pas besoin que l’on m’aime, il faut juste aimer mes créations.

Penser à la continuité

« Pour comprendre une création, pour la sentir, vous n’avez en principe pas besoin des explications de l’artiste », raconte Koen Vanmechelen. Ce point de vue intéressant s’applique aussi aux entreprises. Le succès d’une PME repose souvent sur la passion sans faille de son responsable. Si celui-ci fait un pas en arrière, ses résultats s’en ressentiront. Pour que la transmission d’une entreprise se passe dans les meilleures conditions, il faut avant tout penser à la continuité. Le repreneur ne devrait pas avoir besoin de l’aide du cédant pour se jeter dans l’arène.

Quitter sa zone de confort

« Il faut pouvoir lâcher prise sur la durée. C’est la seule manière de progresser. » Cela ne vaut pas seulement pour Koen Vanmechelen, mais aussi pour les scientifiques qui participent au projet de l’artiste. Ils sont obligés de sortir du confort de leur univers académique pour participer à un projet qui relève de l’art. Jean-Jacques Cassiman, professeur émérite à la KU Leuven, pionnier dans la recherche sur la génétique humaine, a soutenu le travail de Koen Vanmechelen dès le début.

« Le Professeur Cassiman a été fantastique. Il y a plus de 20 ans, lorsque j’ai commencé à travailler sur mon oeuvre Cosmopolitan Chicken Project (CCP), qui consiste à croiser des poules du monde entier, il m’a dit : ‘ nous allons suivre ce projet, mais donnons la priorité à l’art. Je veux voir ce qui va se passer avec ces poules’. Il a été visionnaire, car un projet tel que CCP n’aurait jamais pu exister dans un environnement scientifique classique. Qui a le temps de se lancer là-dedans ? Cela fait déjà 25 ans que je croise des poules. Vous connaissez beaucoup de projets de recherche qui durent aussi longtemps ? »

Je sais ce qui me pousse à créer, mais j’ignore ce qui pousse les gens à acheter ce que je crée

Prendre de la distance

L’interaction entre l’art et la science est inscrite dans l’ADN du travail de Koen, au sens propre comme au figuré. « Quand je crée quelque chose, je veux comprendre pourquoi je le crée. Je suis toujours dans l’analyse. Pour que cette analyse soit efficace, je dois prendre de la distance par rapport à ce que j’ai créé. »

Quiconque a vécu la transmission d’une entreprise sait qu’une prise de distance s’impose pour que tout se passe bien. Il faut procéder à un examen minutieux de l’entreprise, procéder à une analyse objective et mettre à plat tous les aspects d’un rachat ou d’une reprise. Cela permet à chacun de comprendre de quoi il retourne et les implications de chaque décision. Cet examen permet de clarifier les choses pour toutes les parties.

Les avantages de la collaboration

La collaboration s’est naturellement imposée à Koen Vanmechelen. Elle lui permet de créer quelque chose qui va au-delà de l’imagination et de la science. Les chercheurs effectuent un travail que l’artiste est incapable de faire et inversément. Cela ne les empêche pas de poursuivre le même objectif.

Dans le cadre de la transmission d’une entreprise, la collaboration a aussi ses avantages. L’expérience des spécialistes apporte de la clarté dans un processus complexe.

Notre équipe d’experts Van Breda Advisory établit un plan par étapes réaliste qui tient compte des intérêts de votre entreprise et de ceux de votre famille.

 

 Le réinventeur de la poule

Koen Vanmechelen (°1965) est un artiste conceptuel belge de renommée internationale. Il s’attache principalement aux thèmes de la diversité bio-culturelle, de l’identité et de la société. Son oeuvre est pluridisciplinaire et va de la peinture à la photographie en passant par la sculpture, les installations, la vidéo et l’art vivant.

Vers la fin des années 90, Koen Vanmechelen a acquis une renommée internationale grâce à son projet Cosmopolitan Chicken Project (CCP), pour lequel il a commencé à croiser des poules issues de différents pays. Ce projet a initié une collaboration étroite entre l’artiste et les scientifiques, collaboration qui se poursuit à ce jour.

www.koenvanmechelen.be

mardi 29 mai 2018