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Préserver la santé au lieu de guérir la maladie

Eric Van der Hulst est Innovation Manager Health chez imec à Leuven. Sa mission ? Amorcer la numérisation pour offrir une meilleure santé à davantage de personnes.

Chez imec, Eric Van der Hulst jete un pont entre les entreprises, les chercheurs et les patients grâce aux progrès technologiques dans le secteur des soins de santé. Il travaille principalement sur les applications mobiles. Mais il coache également des start-up du secteur des soins de santé et aide de nombreuses organisations de la société civile à comprendre les tendances et technologies de demain dans le domaine des soins de santé.

La numérisation est un sujet omniprésent. Y compris dans le secteur des soins de santé. De nombreuses technologies sont déjà disponibles, grâce auxquelles nous pouvons organiser plus efficacement notre offre de soins et améliorer la qualité des soins proposés. Qu’attendons-nous encore ? Eric Van der Hulst : « La technologie et l’innovation numérique créent de nouvelles opportunités. La difficulté est de les intégrer dans notre offre de soins et dans le modèle d’entreprise des prestataires de soins. »

Quels sont les prérequis pour une innovation disruptive dans le secteur des soins de santé ? Les soins de santé sont complexes et nécessitent d’innover à trois niveaux :

  1. Régulation flexible : celle-ci a pris du retard, car il y a en Belgique pas moins de neuf ministres différents compétents pour les soins de santé
  2. Modèle d’entreprise axé sur la prévention : le financement des prestataires de soins est essentiellement axé sur la médecine curative plutôt que sur la médecine préventive
  3. Traitement des données orienté patient : l’innovation doit être sûre, discrète et profitable pour le patient
Faites un achat en ligne et vous recevez automatiquement un SMS de suivi : cela devrait être pareil pour une visite chez le médecin.

D’abord guérir le modèle du secteur

La prévention n’est pas qu’un pôle de croissance. C’est aussi un leitmotiv pour les médecins : mieux vaut prévenir que guérir. Pourtant, le modèle du secteur des soins de santé repose sur d’autres fondations. Eric Van der Hulst : « Tout le secteur de soins de santé est basé sur un modèle où le patient paie et le prestataire de soins fournit un service. Les prestataires de soins ne gagnent donc de l’argent que lorsque les gens sont malades. Il s’agit d’un modèle réactif qui fait que les prestataires de soins ne sont pas incités à éviter que les gens ne deviennent des patients. »

Une première innovation serait dès lors de permettre aux médecins et autres acteurs de la santé de gagner de l’argent en gardant les gens en bonne santé. C’est mieux pour l’individu et pour la société, car la maladie coûte bien plus à la société que les soins de santé préventifs.

Inspirer les médecins à l’aide de la technologie

Il existe déjà des applis mobiles pour smartphones qui vous permettent de détecter des troubles du rythme cardiaque bien avant que vous ne rencontriez un problème cardiaque sérieux. « J’aimerais attirer au maximum l’attention sur leur existence via le plan d’action de la ministre De Block, mais aussi via des congrès et des symposiums », raconte Eric Van der Hulst. Il existe déjà en Belgique une offre d’instruments numériques efficaces et cette offre va continuer de s’étoffer.

Et si Google prenait le monopole de nos soins de santé ?

« Si nous ne développons pas nous-mêmes des soins de santé de haute technologie, les grandes multinationales numériques s’en chargeront à notre place. » Une poignée de grandes entreprises auront alors le monopole mondial de notre santé. Eric Van der Hulst plaide dès lors en faveur d’une politique qui nous place dans la situation la moins préjudiciable : « La vie privée devient le résultat d’un compromis. Nous y renonçons souvent inconsciemment et gratuitement au profit des réseaux sociaux ou d’acteurs en ligne. Mais nous oublions la valeur sociale que ces métadonnées peuvent avoir en vue de l’amélioration des soins de santé. »

Il ne s’agit assurément pas de choisir entre un respect absolu de la vie privée et des données complètement publiques, mais bien entre faire de vos données à caractère personnel la propriété de Facebook ou plutôt la propriété d’une autorité élue démocratiquement.

Eric Van der Hulst s’explique : « Il existe des applis pour diabétiques qui mesurent le taux de sucre dans le sang sans piqûres et qui injectent de l’insuline à l’utilisateur via des petites pompes automatiques. Il s’agit d’un circuit fermé, sans retour d’info vers le médecin. Imaginez que nous puissions faire communiquer ce système. Nous pourrions alors assurer un meilleur suivi et traitement proactif des patients diabétiques à moindres frais pour l’individu et pour la société. »

Personne ne s’est jamais plaint que le GPS avait considérablement simplifié la circulation automobile.

Les avantages du travail numérique

Nous ne devons pas forcer les médecins à travailler dans un environnement IT. « C’est vrai, dit Eric Van der Hulst. Nous devons accompagner les médecins et insister sur le positif de cette évolution. Et en tant que concepteurs, nous nous devons de rendre la technologie aussi conviviale que possible. » C’est vrai aussi pour les utilisateurs finaux qui doivent apprendre à utiliser les nouvelles possibilités de manière responsable.

« Ce n’est pas parce que votre médecin généraliste travaille via Skype que vous devez l’importuner constamment via le chat vidéo », dit Eric Van der Hulst.

La santé est aussi une responsabilité personnelle

Si chaque Belge perdait en moyenne 1 kilo, nous gagnerions plusieurs millions d’euros. Mais ce résultat ne serait visible que d’ici plusieurs dizaines années. Soit bien au-delà de l’horizon politique actuel que permet notre système électoral. Celui qui développe une politique fondée là-dessus, restera invisible et ne sera pas reconnu. « Ce qui n’est pas intéressant pour les politiciens donc », explique Eric Van der Hulst.

Nous devons donc également oser prendre nos responsabilités en tant que citoyens. Nous nous faisons parfois prescrire des médicaments coûteux qu’en plus, nous prenons mal. Nous gaspillons donc des médicaments et de ce fait nous sommes personnellement responsables de l’affaiblissement de la qualité de nos soins. Au final, nous perdons de l’argent. « La technologie nous aidera à prendre nos médicaments. Nous pourrons ainsi mieux nous soigner. Si nous nous préoccupons davantage de notre santé, que nous mangeons mieux et que nous bougeons plus, nous vivrons plus longtemps. La technologie également peut nous y aider », conclut Eric Van der Hulst.

mercredi 22 novembre 2017