test

La Turquie secoue les marchés

Août 2018. Le mois dernier, les marchés en expansion ont de toute évidence été au centre de l’attention. Une fois encore, c’est un tweet de Trump – qui d’autre ? – qui aura mis le feu aux poudres.

La Turquie ayant refusé de libérer le pasteur américain Brunson, le président américain a décidé de doubler les droits d’importation sur l’acier et l’aluminium. Les marchés financiers ont violemment réagi à la nouvelle. Quiconque suivait l’évolution du cours de la lire turque savait toutefois depuis longtemps que tout n’allait pas pour le mieux dans le meilleur des mondes.

 

Le déficit budgétaire turc atteint sa limite

On croirait revivre la crise financière qui avait frappé l’Asie il y a une vingtaine d’années, lorsqu’un niveau de dettes trop élevé en devises étrangères avait plongé une grande partie de l’Extrême-Orient dans une profonde récession. Retour au présent... D’après les données de l’OCDE, la Turquie a enregistré en 2017 une croissance de pas moins de 7,4 %. Un chiffre impressionnant qui, au niveau international, vaut au pays une seconde place derrière l’Irlande (7,8%).

Cette croissance est en grande partie soutenue par des dépenses publiques spectaculaires et par un degré d’endettement colossal des entreprises turques (qui bénéficient souvent de garanties d’État). Face à ces statistiques alléchantes, les investisseurs étrangers se sont précipités afin de se tailler eux aussi une part du gâteau. Les dollars ont alors afflué vers la Turquie, formant une partie importante du financement des entreprises. Mais la fête ne dure bien entendu jamais éternellement.

Il fallait s’y attendre...

Qu’il s’agisse d’une crise immobilière, de problèmes avec les pays voisins ou simplement d’un tweet de Trump, l’élément déclencheur importe en réalité peu : une croissance alimentée par des dettes en devises étrangères est et reste une bombe à retardement.

Le problème ? Une spirale négative qui, une fois en marche, est difficile à enrayer. Perdre la confiance des investisseurs entraîne un affaiblissement de la monnaie locale, ce qui complique d’autant plus le remboursement des dettes en devises étrangères. Le pays est alors confronté à des problèmes économiques qui ébranlent encore plus une confiance déjà mise à mal.

La spirale peut-elle encore être arrêtée ?

Lors de la crise financière asiatique d’il y a vingt ans, la plupart des mesures ont été introduites trop tard. Les devises asiatiques avaient connu une telle dépréciation qu’un remboursement de la dette en dollars était devenu tout bonnement impossible. L’histoire s’est achevée par la banqueroute virtuelle de pays comme la Thaïlande et l’Indonésie.

L’effondrement de la devise locale a toutefois entraîné, avec le soutien du FMI, un mouvement de redressement qui, à (long) terme, a à nouveau stimulé les exportations, créant ainsi d’importants excédents commerciaux. Il n’en reste pas moins que la population a été le dindon de la farce lors de cette crise.  

La Turquie peut-elle éviter un tel dénouement ? Oui, à en croire certains économistes, dont Paul Krugman. Le pays peut regagner la confiance des marchés financiers en instaurant, à court terme, des contrôles de capitaux et en mettant un terme à l’accroissement exponentiel de sa dette.

Cela permettrait d’élaborer une politique à long terme qui remettrait la Turquie sur les rails sur le plan budgétaire et au niveau fiscal. Cette approche mettrait cependant un terme aux nombreuses années de réductions d’impôt et de subsides en Turquie. Elle sonnerait également le glas d’une impressionnante croissance (et marquerait vraisemblablement même le début d’une profonde récession). Reste à savoir si Erdogan est prêt à prendre ces mesures hautement impopulaires... 

YTD (year-to-date) = évolution depuis le 31-12-17

YTD (year-to-date) = évolution depuis le 31-12-17

Europe : entre crainte et espoir

Selon les derniers calculs d’Eurostat, la croissance de la zone euro n’a atteint que 0,4 %. Les chiffres de la production industrielle sont eux aussi décevants. Avec deux trimestres plus faibles consécutifs, il est de plus en plus clair que la conjoncture européenne ralentit. Le contexte international, marqué par des conflits commerciaux et des confrontations géopolitiques, touche de toute évidence plus durement l’économie européenne que celles des États-Unis. Le consommateur européen maintient pour l’instant le navire à flot, mais c’est précisément la raison pour laquelle les importations progressent plus rapidement que les exportations dans bon nombre de pays, ce qui bride la croissance.

Après la pluie, le beau temps ?

L’automne s’annonce tout aussi animé que l’été. Le budget italien entraînera incontestablement des discussions avec l’UE. De façon plus générale, il semble que de nouvelles mesures d’intégration au sein de l’Union se heurteront à la vision d’une série de gouvernements de l’Europe de l’Est. L’attrait des réformes et de la discipline budgétaire continue lui aussi à s’émousser.

Les marchés financiers attendent vraisemblablement l’issue des élections parlementaires suédoises du 9 septembre prochain. La victoire potentielle des Démocrates de Suède (DS), un parti populiste situé plutôt à droite de l’échiquier politique, semble avoir à peine été intégrée dans les cours. Les DS se montrent non seulement critiques à l’égard de la politique d’immigration nationale, mais remettent également en cause l’utilité de l’UE.

Les partis traditionnels ont déjà annoncé leur refus de former un gouvernement avec les Démocrates de Suède, ce qui augmente le risque de voir le pays se livrer à de longues et fastidieuses négociations post-électorales.

Tout n’est pas si sombre en Europe

La croissance allemande s’est renforcée au deuxième trimestre (0,5 %). Malgré toutes les incertitudes qui pèsent sur les esprits, la première économie européenne reste un moteur pour l’Europe. Les salaires évoluent à la hausse, soutenant ainsi le pouvoir d’achat des ménages allemands. Il se pourrait que cette tendance annonce un mouvement similaire général en Europe. Lors d’une visite à la Maison-Blanche, Jean-Claude Junker, le président de la Commission, semble en outre avoir réussi à calmer les tensions et à écarter le risque de voir une confrontation commerciale directe éclater entre l’UE et les États-Unis.

 La Banque d’Angleterre, unanime, augmente son taux de 25 pb

Contre toute attente, la Banque d’Angleterre (BoE) a décidé, à l’unanimité des voix (9 contre 0), d’augmenter son taux de 25 points de base. Il s’agit du deuxième relèvement depuis la crise financière de 2008 et le référendum sur le Brexit de 2016. Le taux directeur anglais s’élève donc désormais à 0,75 %. Tout semble indiquer qu’il se maintiendra quelque temps à ce niveau.

Si cette hausse de taux était attendue, l’unanimité qu’elle a suscitée ne l’était en revanche pas. Les responsables de la BoE estiment manifestement tous qu’un relèvement est nécessaire afin de ramener l’inflation (de 2,4 % en base annuelle) à l’objectif de 2 %. La croissance moyenne de 1,75 % sur laquelle tablent les prévisionnistes pour l’ensemble de l’horizon politique (2019-2021) semble plutôt faible. Selon la BoE, elle réduira malgré tout l’écart de production et tirera donc l’inflation à la hausse. L’économie britannique teste les limites de la pleine utilisation des capacités de production. La pression inflationniste interne remplace dès lors peu à peu la pression externe (en raison de la dépréciation de la livre sterling et de l’augmentation du prix du pétrole). D’où la possibilité de procéder à une hausse de taux anticipative...

À court terme, le marché anglais ne doit cependant pas compter sur beaucoup de soutien supplémentaire à ce niveau. La BoE doit avancer, mais pas se précipiter. Son gouverneur, Mark Carney, a implicitement confirmé les attentes plutôt modestes du marché. La courbe des taux actuelle laisse à peine présager un relèvement annuel unique au cours des trois prochaines années.

La Réserve fédérale s’apprête à nouveau à relever son taux

 La Réserve fédérale américaine (Fed) semble confirmer le consensus du marché, qui table sur un nouveau relèvement de son taux de 0,25 % en septembre. Les faucons de la Fed semblent donc se faire moins de soucis concernant la menace des conflits commerciaux, l’augmentation des prix du pétrole et les évolutions survenant sur les marchés émergents.

Si le conflit commercial avec la Chine ne poursuit pas son escalade et que la dynamique économique se maintient, un quatrième relèvement de taux devrait de toute évidence intervenir. Avec des projections de croissance annualisée de 4,2 % pour le deuxième trimestre, un taux de chômage de moins de 4 %, une consommation plus soutenue qu’attendu durant l’été et la poursuite des baisses d’impôts, ce scénario semble se réaliser de plus en plus.  

Cerise sur le gâteau : les nouvelles négociations sur l’ALÉNA semblent aboutir. Bien que nous ne puissions pour le moment parler que d’un traité commercial bilatéral avec le Mexique, dont l’idée principale est que les produits mexicains importés aux États-Unis doivent contenir plus de pièces américaines...

C’est à présent au Canada d’entrer dans la danse et de faire de cet accord un ALÉNA 2.0 digne de ce nom. Le fait est que deux des trois intéressés ont déjà décidé du contenu de ce traité trilatéral. Avec une offre à prendre ou à laisser, le Canada fait donc face à un choix plutôt simple.

 

Conclusions pour vos placement

  • Les placements sûrs à rendement fixe continueront sans doute à générer un rendement faible pendant un certain temps.
  • Si vous voulez un rendement plus élevé, vous devez être disposé à investir une partie de votre portefeuille de façon dynamique, conformément à votre profil d’investisseur et à vos objectifs personnels.
  • La constitution d’un patrimoine repose sur une vision à long terme, basée sur une discipline d’investissement rigoureuse et le respect de la stratégie choisie. Gardez toutefois à l’esprit que les placements dynamiques connaissent toujours une évolution volatile.
  • La diversification est donc de mise, tant en termes de durées et de classes d’actifs que de gestionnaires.
  • Nous nous ferons un plaisir d’en discuter avec vous sur la base de votre trajet financier personnel. N’hésitez pas à nous contacter pour un entretien.

Plus d’info : Steven.Snoeckx@banquevanbreda.be, responsable placements

 

Nous nous ferons un plaisir d’en discuter avec vous sur la base de votre trajet financier personnel. N’hésitez pas à nous contacter pour un entretien.

mercredi 5 septembre 2018