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Situation macro-économique: Les marchés s’écroulent en fin d’année

Décembre 2018. Il n’y aura pas eu de rallye de fin d’année en décembre, mais un solide plongeon qui n’aura pas manqué de secouer les investisseurs.

Pour les bourses américaines, décembre 2018 aura en effet été le pire mois de décembre depuis la Grande Dépression des années 30. Inutile de chercher un bouc émissaire ! Les problèmes qui glacent soudain le sang des investisseurs ne sont autres que ceux que l’on connaît depuis des mois : l’échec des négociations sur le Brexit, la Chine dans le collimateur de Trump, un ralentissement de la croissance et une hausse des tensions en Europe alors que d’importantes élections européennes sont en vue...

Powell toujours sur le feu des critiques

Nous avons observé une bien plus grande nervosité sur les marchés ce mois-ci suite à la décision prise par la Federal Reserve (Fed) concernant son taux directeur. Le relèvement de 25 points de base (vers la fourchette des 2,25 % - 2,50 %) n’a surpris personne. Les marchés l’avaient anticipé et intégré depuis longtemps déjà. Ils attendaient cependant avec impatience de savoir ce qu’il allait advenir de la trajectoire des taux – le fameux « dot plot » – au cours des prochaines années. En fin de compte, le président de la Fed, Jerome Powell, leur a administré deux belles gifles :

  • Il a d’une part revu à la baisse le nombre de relèvements de taux prévus pour 2019, le ramenant de trois à deux et laissant par la même occasion entendre qu’un ralentissement économique se manifestait peu à peu.
  • D’autre part, les marchés avaient espéré qu’il n’y aurait qu’un seul relèvement l’an prochain. Si cela ne tenait qu’à eux, la Fed pourrait continuer à pratiquer un peu plus longtemps une politique monétaire plus souple.

Et comme si cette double déception ne suffisait pas, Trump a cru bon d’en remettre une couche : « I'm not even a little bit happy with my selection of Jay Powell » et de mettre ainsi le feu aux poudres.

Courbe des taux inversée

L’abaissement de la trajectoire des taux attendue pour 2019 a toutefois apaisé la crainte d’une courbe inversée – c’est-à-dire où les taux à court terme sont supérieurs à ceux à long terme. Juste avant la décision de la Fed, le spread entre les obligations américaines à dix ans et celles à deux ans était encore d’à peine 11 points de base (2,64 % pour un titre à 2 ans et 2,75 % pour un placement à 10 ans). Cet écart s’est cependant à nouveau creusé après l’annonce de la Réserve fédérale, dépassant les 20 points de base.

Ce mois-ci, le spread entre les autres horizons – entendez entre celui à cinq ans et ceux à deux et trois ans – est néanmoins passé en négatif. Bien que la Fed pousse à la hausse les taux à court terme, les investisseurs à moyen terme ont de toute évidence de sérieux doutes quant à ce que leur réserve l’avenir en termes d’inflation et de croissance.

Les marchés considèrent toujours les courbes des taux inversées comme un signe avant-coureur d’une récession prochaine. Aux États-Unis, une telle courbe a chaque fois précédé une crise au cours de ces 50 dernières années, à l’exception d’une fausse alerte au milieu des années 60. Le délai entre une courbe de taux inversée et une réelle récession est en général d’au moins 12 mois (une croissance négative pendant deux trimestres successifs).

Le spread belgo-allemand augmente

En Europe également, de nombreux investisseurs se sont à nouveau tournés vers les valeurs refuges. Le taux allemand à 10 ans a clôturé 2018 à son niveau le plus bas de de l’année : 0,24 %, soit plus d’un demi-point de pourcentage de moins qu’en février.

On notera par ailleurs l’étonnante évolution du taux belge à dix ans, qui est resté plus ou moins stable ce mois-ci à 0,78 %. Le spread entre les obligations belges et allemandes à long terme s’est donc creusé. Alors qu’il n’atteignait qu’environ 20 points de base début 2018, il a à présent dépassé la barre des 50.

Cependant, la chute du gouvernement fédéral et les négociations potentiellement compliquées qui seront menées en vue de former une coalition en mai prochain n’inspirent visiblement pas confiance aux investisseurs. Mais nous sommes naturellement toujours bien loin des spreads de 2011-2012, qui dépassaient alors les 200 points de base.

L’or reprend du poil de la bête

L’évolution du cours de l’or est elle aussi révélatrice. Ces derniers mois, le prix de l’or a effectué une belle remontée – aussi bien en euros qu’en dollars – et a augmenté d’environ 10% depuis l’automne.

À l’heure où la volatilité s’est emparée des marchés boursiers, les investisseurs semblent à nouveau privilégier cette valeur refuge. Cela n’a en réalité rien de bien surprenant. Le « S&P-to-Gold ratio », qui correspond au nombre d’onces d’or nécessaires pour acheter un panier d’actions du S&P 500, est relativement élevé, puisqu’il avoisine actuellement les deux onces. Un niveau suffisamment élevé pour inciter certains investisseurs à délaisser les actions américaines plus valorisées au profit de l’or, actuellement sous-valorisé par les marchés.

La BCE met fin à son programme de rachats

Ce mois-ci, le message de la BCE est globalement resté le même : le chemin vers la normalisation sera encore long et lent. Les prévisions de croissance ont ainsi été revues à la baisse à concurrence de dix points de base environ. Il faudra en outre plutôt attendre 2021 et non 2020 pour atteindre les objectifs en matière d’inflation.

Bien que la BCE se montre plus prudente, elle a mis fin à son programme d’assouplissement quantitatif fin 2018. Au total, ce sont environ 2 600 milliards d’obligations qui ont été rachetées.

Comme c’est les cas aux États-Unis pour la Fed, nul ne sait encore exactement quand la BCE parviendra à réduire son bilan. La reprise économique européenne semble perdre de sa vigueur, et cette réduction ne sera pas évidente en cas de récession éventuelle.

La confiance allemande continue à s’éroder

L’indice allemand IFO indique lui aussi que la reprise semble ne plus être à son paroxysme. Cet indice, qui mesure la confiance des entrepreneurs allemands, est considéré comme un important indicateur prévisionnel de la croissance européenne. En décembre, il avait atteint son niveau le plus bas des deux dernières années (101).

Outre les problèmes géopolitiques épinglés précédemment, l’entrepreneur allemand s’inquiète bien entendu aussi d’une menace bien précise dont l’ombre continue à planer au-dessus de sa tête, à savoir la mise en place de droits d’importation éventuels sur les voitures allemandes aux États-Unis.

Bien que l’IFO ait enregistré à sa quatrième diminution successive, aucune récession imminente ne se profile encore à l’horizon. Il ne reste qu’à espérer que les tensions commerciales entre l’UE et les États-Unis s’estomperont en 2019, afin que les entrepreneurs allemands retrouvent le courage.

Les gilets jaunes mettent Macron à genoux

En 2019, Emmanuel Macron a l’intention de dépenser 10 milliards d’euros de plus que ce que prévoit l’accord budgétaire actuel. Un montant que le président français souhaite utiliser pour augmenter les salaires minimums, supprimer les impôts sur les heures supplémentaires et les primes de fin d’année, et annuler l’augmentation prévue des taxes sur les carburants. Il espère ainsi mettre un terme aux actions de protestation des gilets jaunes.

Par conséquent, le déficit budgétaire de 2019 risque de grimper à 3,5%. Ce mois-ci, le spread franco-allemand à dix ans a donc atteint les 48 points de base, soit le plus haut niveau jamais enregistré depuis les élections présidentielles de l’an dernier.

En route vers 2019

Nous avons donc terminé l’année dans le creux de la vague. Janvier 2018 était pourtant prometteur : un bon départ pour les Bourses, des taux qui s’étaient normalisés et des perspectives économiques annonçant une croissance modérée pour l’UE et belle pour les États-Unis. Il se peut que ces attentes aient en réalité été un peu trop élevées. Les investisseurs semblent plus que jamais conscients que la reprise économique en cours est l’une des plus longues de l’histoire financière. Les risques de janvier sont toujours les risques d’aujourd’hui, mais le sentiment général est clairement sur le déclin. Les premiers mois de 2019 seront cruciaux, puisque ce sont eux qui donneront le cap. Espérons qu’un Brexit « élégant », un dialogue ouvert dans le cadre des prochaines négociations commerciales internationales et des budgets qui permettront de réduire les dettes colossales des États figurent toujours parmi les bonnes résolutions des politiques.

Nous vous souhaitons quoi qu’il en soit une bonne santé et une excellente année 2019 pleine de succès.

 

Conclusions pour vos placements

  • Les placements sûrs à rendement fixe continueront sans doute à générer un rendement faible pendant un certain temps.
  • Si vous voulez un rendement plus élevé, vous devez être disposé à investir une partie de votre portefeuille de façon dynamique, conformément à votre profil d’investisseur et à vos objectifs personnels.
  • La constitution d’un patrimoine repose sur une vision à long terme, basée sur une discipline d’investissement rigoureuse et le respect de la stratégie choisie. Gardez toutefois à l’esprit que les placements dynamiques connaissent toujours une évolution volatile.
  • La diversification est donc de mise, tant en termes de durées, de classes d’actifs et de gestionnaires.
  • Nous nous ferons un plaisir d’en discuter avec vous sur la base de votre trajet financier personnel. N’hésitez pas à nous contacter pour un entretien.

Plus d’infos : Steven.Snoeckx@banquevanbreda.be, responsable placements

mercredi 9 janvier 2019