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Situation macro-économique : De nouveaux records battus

Juillet 2019. Les taux d’intérêt et les banques centrales restent au centre de toutes les attentions. Ce mois-ci, la Banque centrale européenne (BCE) et la Réserve fédérale étaient de retour sur le devant de la scène. Le thème principal : l’assouplissement de la politique monétaire.

La BCE se prépare à baisser ses taux, et même à relancer son programme d’assouplissement quantitatif. La Réserve fédérale devrait quant à elle réduire ses taux à la toute fin du mois. Les taux ont donc atteint de nouveaux niveaux planchers et poussé encore plus à la hausse les marchés obligataires. Les marchés boursiers ont eux aussi bien compris le message et se sont à nouveau envolés.

La BCE donne le coup d’envoi

Le discours qu’a tenu Draghi le mois passé à Sintra a déclenché une véritable vague d’achat sur les marchés obligataires et poussé la quasi-totalité des marchés des taux vers de nouveaux niveaux planchers. Durant son intervention, le président de la BCE a dès lors laissé entendre qu’il comptait prendre bien plus rapidement des mesures afin de relancer la croissance à la traîne de la zone euro.

En « l’absence de toute amélioration », la BCE pourrait tout d’abord prendre des mesures supplémentaires. Un revirement notable par rapport à la position adoptée précédemment, selon laquelle la BCE interviendrait uniquement en cas de « chocs défavorables ». La force probante a pour ainsi dire été renversée. Draghi a par ailleurs déclaré que l’inflation devrait dépasser la barre des 2 % « à un certain point ». Des propos eux aussi étonnants sachant que les prévisions actuelles de la BCE (jusque 2022) ne tiennent plus compte d’un taux d’inflation supérieur à cette valeur.

Après ce message, les marchés ont à nouveau tenu compte de toutes les options possibles en vue d’un assouplissement de la politique monétaire. Tous les regards se sont donc tournés vers la réunion de la BCE.

À cette occasion, le geste a été joint à la parole. Bien qu’il faudra attendre la fin de l’été pour assister à quelque chose de concret, la BCE se prépare vraisemblablement à instaurer dès septembre toute une série de mesures. La « forward guidance », qui reflète les prévisions en matière de taux directeur, ouvre la porte à un abaissement des taux. Un système de dépôts à paliers, qui offre aux banques la possibilité de préserver une partie de leurs excédents de liquidités des taux négatifs sur les dépôts et le lancement éventuel d’une nouvelle série de mesures d’assouplissement quantitatif ont à nouveau été mis sur la table. Il a aussi été question d’un objectif d’inflation « symétrique ». Dans le jargon bancaire, ce terme désigne une période au cours de laquelle l’inflation reste pendant un temps inférieure à l’objectif, avant de remonter et de le dépasser durant un moment.

Comme à son habitude, Mario Draghi est parvenu à chambouler complètement les attentes des marchés. Malgré le message initial de la BCE, qui annonçait un grand nombre de mesures, son président a encore fait preuve d’un certain optimisme. Il a ainsi déclaré que le risque de récession au sein de la zone euro restait faible, et que les membres de la BCE ne s’étaient pas encore mis d’accord concernant les nouvelles mesures à prendre. Ses paroles semblent donc ne pas refléter le caractère urgent des mesures en question.

Les observateurs attendent donc avec impatience le mois de septembre. Car si la prochaine réunion devrait apporter davantage de clarté sur les mesures d’assouplissement exactes que mettra en place la BCE, c’est également à cette période que la Banque centrale publiera ses nouvelles projections économiques.

Les taux au plus bas

La BCE est parvenue à faire chuter encore plus les taux, les poussant ainsi à nouveau au niveau le plus bas de leur histoire. Le taux sur les obligations d’État allemandes à 10 ans a même plongé sous le niveau du taux de la BCE : -0,40 %. L’État belge a lui aussi émis des obligations à 10 ans à un taux record de -0,04 %. La Belgique rejoint ainsi l’Allemagne, l’Autriche, la Finlande, la France et les Pays-Bas dans le cercle des pays de la zone euro où le taux a dix ans est passé sous la barre du zéro.

Bloomberg

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Une première présidente pour la BCE

Après d’interminables réunions et débats, le Conseil européen a finalement formulé une série de propositions concernant l’attribution d’une série de postes à haute responsabilité au sein de l’Union. La désignation de Christine Lagarde à la présidence de la BCE est également une nouvelle importante, comme l’a été la nomination de Charles Michel.

Et un choix prudent... Car bien que sa vision sur la politique monétaire ne soit pas parfaitement claire, elle soutient, en tant que directrice du Fonds monétaire international (FMI), la stratégie que la BCE a définie des années durant. Avocate de formation, elle ne dispose d’aucun bagage officiel en tant qu’économiste. Une lacune que compense son expérience en tant que ministre française des Finances et directrice du FMI, poste dans le cadre duquel elle a contribué aux efforts visant à contenir la crise de l’euro et négocié le sauvetage de la Grèce.

Pas d’effet Weidmann à l’horizon ! Nous ne devons donc pas nous attendre à de grands changements dans la politique de la BCE. Surtout vu la nomination récente de l’Irlandais Philip Lane, qui, en tant qu’économiste en chef, est chargé de soumettre les propositions de politiques aux décideurs de la BCE et qui est considéré comme étant partisan d’une politique monétaire très « dovish » (pacifiste). Le successeur de Benoit Coeré devra également être nommé plus tard dans l’année. Il est à présent responsable des opérations de marché et de la mise en œuvre des décisions liées à la politique. Étant donné que Sabine Lautenschläger restera membre du comité de direction, il y a très peu de chances qu’un Allemand succède au Français. Il semblerait que les recherches se fassent plutôt du côté de l’Italie...

La Fed également sur le devant de la scène

À l’instar de la Banque centrale européenne, la Réserve fédérale se prépare elle aussi à assouplir sa politique monétaire. Les marchés sont entièrement d’accord : le 31 juillet, la Fed procédera au premier abaissement de son taux en plus de 10 ans. Dans un contexte marqué par des signes de ralentissement de la croissance économique américaine et par les déboires commerciaux entre les États-Unis et la Chine, une baisse des taux semble inévitable.

La communication à ce sujet n’étant pas particulièrement claire, nul ne sait avec certitude quelle sera l’ampleur de cette réduction. La Fed diminuera-t-elle son taux de 25 ou de 50 points de base ? D’aucuns pensaient initialement qu’elle sortirait d’emblée l’artillerie lourde et sabrerait son taux d’un demi pour cent. Divers indicateurs, comme le rapport sur l’emploi et les chiffres de croissance du deuxième trimestre, laissent cependant présager une révision plus modeste de 25 points de base.

Mais alors ? S’agit-il d’une intervention ponctuelle ou plutôt de la première étape d’une série de réductions des taux ? Le langage qu’adoptera Powel lors de la conférence de presse sera crucial, car c’est lui qui permettra de se faire une idée de la manière dont la Fed entend poursuivre sa politique. Il semble par ailleurs qu’il existe parmi ses membres une certaine dissension au sujet de l’assouplissement de ladite politique. Espérons que le président de la Fed clarifiera également les choses à cet égard.

Johnson succède à May

Suite à la démission controversée de la Première ministre britannique Theresa May, le parti conservateur a élu un nouveau président. La nouvelle est à présent officielle : Boris Johnson, que l’on connaissait déjà pour sa position en faveur d’un Brexit dur, a remporté une victoire facile face à son concurrent Jeremy Hunt. Le mercredi 24 juillet, Theresa May a donc passé le flambeau à Boris Johnson, qui prend donc la tête du parti et du gouvernement.

Il reste exactement 100 jours au nouveau résident du 10 Downing Street pour trouver une solution au casse-tête du Brexit avant la date fatidique du 31 octobre prochain. Un nouveau report n’est pas exclu, mais Johnson a déjà déclaré que le pays devait coûte que coûte avoir quitté l’Union d’ici cette date, même si cette sortie devait se faire sans accord. Tout le monde n’étant pas favorable à un tel scénario, Johnson peut s’attendre à devoir traverser une période houleuse. Mais le nouveau Premier ministre n’a pas perdu de temps. Il a déjà formé un nouveau cabinet, composé presque exclusivement de partisans d’un Brexit dur. Les ministres plus modérés se sont tous fait remercier ou ont exprimé leur mécontentement en présentant eux-mêmes leur démission. À l’heure où le Royaume-Uni commence à nouveau à prendre des mesures de précaution, la probabilité d’un Brexit sans accord semble plus élevée que jamais.

mercredi 31 juillet 2019