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Situation macro-économique: La Sainte Trinité prend la parole

Juin 2018. La dernière semaine de juin aura probablement été la plus cruciale en termes de politique monétaire.

La Banque centrale européenne (BCE), la Réserve fédérale (Fed) et la Banque du Japon (BoJ) devaient en effet toutes trois prendre des décisions importantes. Quel avenir Draghi réserve-t-il au programme de rachat en cours ? Quel regard Powell pose-t-il sur l’évolution de l’économie américaine ? Peut-on enfin entrevoir un espoir d’inflation au Japon ? Les éléments de réponse donnés aux investisseurs ont été plus nombreux qu’espérés.

Draghi prépare la fin du programme d’assouplissement quantitatif

Le président de la BCE fait à nouveau honneur à sa réputation. Alors que tout le monde pressentait qu’il allait mettre des gants pour préparer les marchés à la suppression progressive du programme, « Super Mario » a coupé court aux spéculations.

À partir de septembre, le programme de rachat sera réduit à 15 milliards d’euros par mois, et le robinet sera fermé le 31 décembre prochain. Ou, pour être précis, « partiellement » fermé. Le produit des obligations arrivant à échéance continuera à être réinvesti.

Nous sommes donc loin d’un véritable ralentissement progressif, comme c’est le cas aux États-Unis, où la Fed réinvestit de moins en moins les revenus issus du programme QE, qu’elle mène actuellement.

Une couleur rapidement annoncée

Du pain bénit pour les « vautours », avez-vous pensé ? Malheureusement, les 15 milliards d’euros mensuels qui seront achetés dans les prochains mois seront nettement plus élevés qu’attendu (10 milliards d’euros par mois). Sans compter que les marchés ont également dû digérer une surprise de taille concernant les taux directeurs et les intentions de la BCE (ce que l’on appelle la « forward guidance »).

Les taux d’intérêt ne changeront pas avant la fin de l’été 2019

Les taux d’intérêt ne changeront pas avant la fin de l’été 2019. Draghi invalide ainsi le consensus général de marché, qui tablait sur un premier relèvement des taux directeurs de la BCE aux alentours de juin 2019.

Morale de l’histoire : Mario Draghi atteint à nouveau son but et continue à offrir aux marchés une politique monétaire extrêmement souple. La leçon de 2011 – la BCE avait augmenté les taux à la veille de l’éclatement de la crise de l’euro – semble profondément gravée dans la mémoire de Draghi.

L’euro a déjà pris un sérieux coup. Après la conférence de presse, l’EUR/USD est passé en quelques heures de 1,18 à moins de 1,16.

Prévisions de croissance revues à la baisse

Ce mois-ci, les responsables politiques européens se sont montrés plus pessimistes concernant le potentiel de croissance économique de la zone euro. Craignant de voir le ralentissement de la croissance se prolonger plus que prévu, ils ont revu à la baisse leurs projections, de 2,4% à 2,1%.

Les problèmes politiques européens (entendez la structure politique de l’Italie) et la menace d’une guerre commerciale avec les États-Unis ont certainement contribué au ralentissement de la croissance. Pour 2019 et 2020, les prévisions ont néanmoins été maintenues à respectivement 1,9% et 1,7%.

La BCE a par ailleurs revu à la hausse ses perspectives pour l’inflation de base (hors composants volatiles, comme l’alimentation et les prix du pétrole), de 1,5% à 1,6% en 2019 et de 1,8% à 1,9% en 2020.

Powell marque la Fed de son empreinte

Jerome Powell, le nouveau président de la Réserve fédérale, organise désormais une conférence de presse à l’issue de chaque réunion de la Fed et promet de se montrer le plus clair possible. Pas de termes vagues ou compliqués donc, mais un langage clair. Nous sommes curieux de voir ça.

The economy is in great shape

Le contraste entre la réunion de la Fed et la réunion de la BCE ne pouvait être plus marqué. Comme escompté, la Fed a une nouvelle fois augmenté ses taux directeurs, qui atteignent désormais une fourchette de 1,75% - 2,00%. L’explication de Powell est simple : « the economy is in great shape ». Ni plus ni moins.

Joignant le geste à la parole, il a fait passer les prévisions de croissance pour cette année de 2,7% à 2,8%. Un chiffre qui se rapproche encore un peu des 3,0% dont le président Trump a besoin pour équilibrer le budget au cours des six prochaines années.

L’inflation connaîtra très probablement une accélération et atteindra 2,1% dans les prochains mois. Le président de la Fed ne considère toutefois pas que cela pose problème pour le moment. Il a attiré l’attention des observateurs sur les effets du prix du pétrole et a une fois encore mis en avant la nouvelle stratégie de la Réserve fédérale, qui vise désormais un objectif d’inflation « symétrique ». Autrement dit, l’inflation peut provisoirement dépasser la barre des 2,0%.

Quatre relèvements en préparation

Aux États-Unis le « taux neutre » a été maintenu à 2,875 %, un niveau qui permet à la croissance économique de se poursuivre à un rythme normal et à l’inflation de rester stable. Un certain nombre de gouverneurs ont toutefois revu leurs prévisions de taux à la hausse, la médiane atteignant ainsi 2,375% pour 2018. Cela implique deux relèvements de taux supplémentaires, ce qui en porterait le total à quatre cette année. Le taux neutre pourrait donc être atteint plus vite que prévu.

Le rythme de croissance de l’emploi est-il tenable ?

Pour cela, il faut bien évidemment que le marché de l’emploi américain reste fort. Or, les mouvements qui s’y observent actuellement sont pour le moins exceptionnels (voir également notre précédente situation macro-économique). Powell se demande par conséquent si le rythme que connaît la croissance de l’emploi est vraiment tenable. Les responsables politiques ne s’inquiéteraient pas forcément d’un ralentissement éventuel, même s’il faudrait alors un peu plus de temps pour atteindre le taux de chômage attendu de 3,5% (à partir de 2019).

La Banque du Japon rêve toujours d’inflation

Vingt-quatre heures seulement après l’annonce par la BCE de la fin de son programme de rachat, le président de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda, s’est exprimé à son tour. Pour les Japonais, l’inflation semble toujours n’être qu’un rêve lointain. Une déflation de longue durée menace l’économie nippone depuis des dizaines d’années et le programme QE de la Banque du Japon ne semble pas lui permettre d’inverser la vapeur. L’inflation se situe invariablement entre 0,5% et 1,0% et aucune amélioration n’est en vue.

Maintien d’un programme de rachat agressif

Le président a alors promis de poursuivre la politique actuelle. Pour rappel, la Banque du Japon achète actuellement pour un peu plus de 800 milliards de dollars d’actifs par an et mène ainsi le programme de loin le plus « agressif » des trois grandes banques centrales. Jusqu’à présent, la banque centrale japonaise a acheté des actifs à concurrence de 99% du produit intérieur brut (PIB). À titre de comparaison, ce pourcentage est resté limité à 22% du PIB dans le cas de la Fed et est pour l’instant réduit progressivement. Pour la BCE, il se situe actuellement à 41% du PIB et ici, aussi, la fin est clairement proche.

Guerre commerciale : la Chine en ligne de mire des États-Unis

La polémique qui entoure une guerre commerciale imminente est restée d’actualité. Trump a menacé d’appliquer une taxe à l’importation de 20% sur les voitures européennes après l’annonce par l’UE de toute une série de mesures de rétorsion. Plus symboliquement, Harley Davidson a d’ailleurs annoncé qu’elle envisageait de délocaliser une partie de sa production en dehors des États-Unis pour éviter les taxes européennes à l’importation. Reste à voir si le constructeur devra effectivement en arrivera là.

Cela démontre toutefois que les États-Unis n’ont pas non plus la possibilité de verser indéfiniment dans la surenchère. A fortiori lorsque la Chine est en ligne de mire. D’une part, Trump a demandé à son gouvernement d’élaborer des plans pour instaurer des droits d’importation sur une liste supplémentaire de 200 milliards de dollars de produits chinois importés. D’autre part, son équipe semble travailler sur des restrictions concernant les investissements chinois à l’étranger dans les secteurs stratégiques américains.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la Chine ne reste pas les bras croisés. Une première contre-attaque a même été déclenchée. Fin juin, la Banque centrale chinoise a assoupli sa politique monétaire, provoquant un affaiblissement du yuan. Les deux parties sont-elles prêtes à passer ainsi d’une guerre commerciale à une guerre monétaire?

Les deux parties sont-elles prêtes à passer d’une guerre commerciale à une guerre monétaire?

De plus, la Chine dispose toujours d’une option « nucléaire » : mettre progressivement un terme à ses investissements dans les bons du Trésor américains. En tant qu’investisseur numéro un, elle est en effet en mesure d’en faire baisser les prix, ce serait-ce qu’en n’en vendant une petite partie. Le coût du financement américain augmenterait alors et, dans un contexte de déficits budgétaires en hausse, Donald Trump essuierait alors un fameux revers.

Wim Oste, CFA
Steven Andries, spécialiste ALM

Conclusions pour vos placement

  • Les placements sûrs à rendement fixe continueront sans doute à générer un rendement faible pendant un certain temps.
  • Si vous voulez un rendement plus élevé, vous devez être disposé à investir une partie de votre portefeuille de façon dynamique, conformément à votre profil d’investisseur et à vos objectifs personnels.
  • La constitution d’un patrimoine repose sur une vision à long terme, basée sur une discipline d’investissement rigoureuse et le respect de la stratégie choisie. Gardez toutefois à l’esprit que les placements dynamiques connaissent toujours une évolution volatile.
  • La diversification est donc de mise, tant en termes de durées et de classes d’actifs que de gestionnaires.
  • Nous nous ferons un plaisir d’en discuter avec vous sur la base de votre trajet financier personnel. N’hésitez pas à nous contacter pour un entretien.

Plus d’info : Steven.Snoeckx@banquevanbreda.be, responsable placements

 

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vendredi 6 juillet 2018