test

Situation macro-économique : Les marchés boursiers et des taux en route vers de nouveaux records

Juin 2019. Lors de la réunion de la BCE de ce mois-ci, Draghi et consorts s’en sont joliment tenus à ce qui avait été convenu. Les taux directeurs sont restés inchangés, et les prévisions de croissance et d’inflation de 2019 ont été effectivement portées à 1,2 % et 1,3 % respectivement.

Le président de la Banque centrale a toutefois clairement fait comprendre que la politique accommodante devrait encore être maintenue pendant quelque temps. Les chiffres de croissance et d’inflation ont donc été revus à la baisse pour 2020 et 2021. Et c’est surtout via l’évolution attendue des taux (ce que l’on appelle la « forward guidance ») que Draghi est parvenu à convaincre les marchés. Selon lui, les taux resteront à leurs faibles niveaux actuels « jusqu’à la mi-2020 au moins ». Il n’y a pas si longtemps, il était encore question de fin 2019. Ou l’art de repousser constamment l’échéance... La communication avait de toute évidence été adaptée à l’incertitude du contexte économique européen. Et les marchés n’ont eu aucun mal à saisir le message. Les taux ont continué à piquer du nez et les bourses sont à nouveau remontées en direction des sommets de l’an passé.   

Draghi en remet une couche à Sintra

À peine une semaine plus tard, l’homme fort de la BCE prenait à nouveau la parole, cette fois-ci à Sintra, une petite localité portugaise qui accueille depuis quelques années déjà une conférence de la BCE. Draghi estimait que les marchés n’avaient visiblement pas encore bien compris son message et en a donc remis une couche, insistant lourdement sur la possibilité d’abaisser encore davantage les taux et de relancer le programme de rachat d’obligations (d’État). Il semble qu’il suffise que Draghi claque des doigts pour que les marchés s’exécutent. La courbe des taux anticipés de l’Euribor à trois mois (qui reflète donc l’évolution prévue des taux Euribor à trois mois) tient à présent compte d’une baisse de taux de près de 15 points de base d’ici la mi-2020. Les taux offerts par les obligations d’État ont eux aussi plongé sous le niveau des planchers record de 2016. Le taux allemand à 10 ans est passé à -0,33 %, et le taux belge à 0,06 %. La valeur totale des obligations offrant un rendement négatif a actuellement dépassé la barre des 11 000 milliards d’euros. Ce message a en revanche eu un effet bénéfique sur les Bourses. Les principaux indices européens ont ainsi progressé de 2 %, tandis que les marchés d’actions américains ont approché des sommets inégalés.

L’écheveau de la politique européenne

De façon générale, les élections européennes n’ont pas provoqué de bouleversements profonds. Il n’empêche que l’incertitude politique est un facteur qui continuera à peser dans la balance. La Grèce se prépare ainsi à des élections anticipées, que l’actuel premier Ministre, Aléxis Tsípras, a convoquées peu après les suffrages européens et la défaite cuisante de son parti, Syriza. Selon les derniers sondages, celui-ci se verra à nouveau contraint de céder la place à la Nouvelle Démocratie, qui devrait obtenir pas moins de 35-40 % des voix.

Il semble par ailleurs que l’Espagne ne soit pas non plus sur le point de former un nouveau gouvernement. Le 15 février dernier, le premier Ministre espagnol, Pedro Sánchez, avait jeté l’éponge. Le gouvernement minoritaire socialiste n’avait pas réussi à faire approuver son budget annuel pour 2019, qu’ont notamment rejeté les Catalans. Un nouveau scrutin était alors la seule issue. Mais les cartes tirées par les électeurs semblent assez difficiles à concilier.

Ajoutez à cela les Italiens, qui tirent virulemment dans les jambes de la BCE. Vu son déficit budgétaire abyssal et sa dette qui ne devrait cesser de se creuser, le pays s’est récemment à nouveau retrouvé sur le banc des accusés. Une procédure de déficit excessif a été lancée contre l’Italie, et une décision définitive est attendue lors de la réunion du conseil ECOFIN du 9 juillet prochain. Mais comme c’est de plus en plus le cas, il n’est pas exclu que cette décision soit reportée.

Le revirement de Powell

Comme on pouvait s’y attendre, la Réserve fédérale n’a pas non plus touché à ses taux ce mois-ci. Le discours de Jerome Powell a toutefois pris une tout autre tournure, laissant présager une baisse des taux en juillet. Alors que la « patience » était un terme clé si souvent brandi dans les discours passés, il a cette fois-ci été savamment évité. À la place, il a été question d’une Fed qui « s’attend à plus d’incertitude » et qui suivra de près les « conséquences qu’auront de nouvelles informations » afin d’agir rapidement, de manière à ce que l’expansion actuelle puisse se poursuivre. Le développement de l’activité économique actuelle a également été qualifiée de « modéré », alors qu’il était encore considéré comme « solide » le moins passé. Et si les perspectives de croissance tiennent encore bon pour le moment, les prévisions en matière d’inflation ont en revanche à nouveau été revues à la baisse.

Tous ces rebondissements font que la baisse des taux anticipée pour juillet est déjà chose faite aux yeux des marchés. Seule la conclusion d’un accord entre les États-Unis et la Chine lors du G20 pourrait encore remédier à la situation. Par ailleurs, l’ombre menaçante de Trump continue de planer sur Powell. Selon l’agence de presse Bloomberg, le président américain avait déjà chargé les avocats de la Maison-Blanche d’examiner les possibilités qui s’offraient à lui afin de démettre Powell de ses fonctions. Peu avant la réunion du FOMC, un journaliste lui avait demandé s’il souhaitait encore remercier Powell, ce à quoi Trump avait laconiquement répondu : « Let’s see what he does… ».

La taux américain à 10 ans flirte avec la barre psychologique des 2,00 %. L’écart entre ce taux à 10 ans et les T-Bills à 3 mois reste toujours inversé et atteint des niveaux proches de ceux qui avaient précédé la crise financière de 2008.

(Source : Bloomberg)

(Source : Bloomberg)

Toujours pas d’amélioration dans les relations sino-américaines

Lançant une nouvelle tentative d’intimidation, la Chine a fait savoir qu’elle envisageait de limiter ses exportations de terres rares à destination des États-Unis. Cette intention concerne plus précisément un groupe de 17 métaux utilisés dans une large éventail de processus de production de haute technologie, dont des applications électromagnétiques et certains produits électroniques. La Chine semble donc elle aussi appuyer là où ça fait mal, puisque c’est de chez elle que proviennent pas moins de 80 % des importations américaines de terres rares.

Une remontée impressionnante du prix de l’or

La crainte de voir l’économie entrer en récession et les actions que pourraient prendre les banques centrales ont aussi poussé considérablement à la hausse le cours de l’or, qui, ces dernières semaines, a atteint son plus haut niveau en six ans. Les baisses de taux éventuelles de la Fed, leur effet sur le billet vert, les nouvelles sanctions à l’encontre de l’Iran, le prochain sommet du G20, etc. sont autant de facteurs qui permettent au prix de l’or de poursuivre son ascension. L’été s’annonce d’ores et déjà chaud !

 

(Source : Bloomberg)

(Source : Bloomberg)

vendredi 5 juillet 2019