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Situation macro-économique: L’Italie ébranle les marchés

Mai 2018. Après quelques années de calme relatif, la polémique autour des États membres « plus faibles » d’Europe méridionale a été relancée fin mai.

En cause, les gagnants des élections en Italie, le Mouvement 5 étoiles et la Ligue du Nord, qui avaient soumis toute une série de mesures (l’annulation de précédentes réformes) au président italien Sergio Mattarella. Les plans annoncés par les partis anti-Europe avaient déjà provoqué l’inquiétude des investisseurs.

En mettant son véto aux projets du gouvernement et surtout à la nomination de l’eurosceptique Paolo Savona au poste de ministre des Finances, Sergio Mattarella a toutefois provoqué une crise politique, suscitant de vives réactions de la part des membres du Mouvement 5 étoiles et de la Ligue du Nord.

#uscITA

Destitution du président, nouvelles élections à brève échéance en vue d’un mandat anti-européen... Les réactions avaient d’abord été virulentes tant au sein du Mouvement 5 étoiles que de la Ligue du Nord et un Brexit à l’italienne - #uscITA - avait rapidement été sur toutes les lèvres. La panique avait également gagné les marchés financiers, détournant les investisseurs des titres d’État italiens. Le taux italien à deux ans avait pris jusqu’à 180 points de base en quelques minutes. Les titres à dix ans avaient, quant à eux, enregistré plus de 70 points. Les investisseurs s’étaient tournés vers les valeurs sûres, faisant passer le taux allemand de 0,35% à moins de 0,20% en un rien de temps, et donc baisser ce dernier de près de moitié. Du jamais vu en matière de volatilité. Même pendant la crise bancaire et la crise européenne, le choc n’avait pas été aussi violent.

La tempête s’était toutefois calmée dès l’après-midi : les partis candidats avaient pris conscience des conséquences néfastes de leurs réactions. Selon certaines rumeurs toutefois, la Banque centrale européenne (BCE) était intervenue en achetant massivement des titres d’État. Deux jours plus tard, la tendance s’était totalement inversée : Luigi Di Maio et Matteo Salvini étaient parvenus à constituer in extremis un gouvernement approuvé par le président avec, à sa tête, Guiseppe Conte, nouvel entrant sur la scène politique. Paolo Savona, âgé de 81 ans et qualifié d’homme de paille par certains, a été nommé aux affaires européennes. Ces derniers jours ont donc réservé leur lot de surprises, la constitution au pied levé d’un gouvernement ayant franchement des airs de commedia dell’arte. Quoi qu’il en soit, l’Italie aura fait parler d’elle sur les marchés financiers. Les investisseurs suivront de près l’évolution de ce gouvernement fraîchement constitué.

Poursuite de la chute du taux de change euro/dollar

L’euro a lui aussi subi les conséquences de la situation italienne et le taux de change euro/dollar a approché 1,15. Le taux de change euro/dollar a clôturé le mois juste en dessous de 1,17, soit 2,50 % de moins que fin avril. Les indices boursiers européens ont clôturé le mois à un niveau significativement moins élevé. La situation italienne a également fait fondre comme neige au soleil les bénéfices engrangés depuis le début de l’année, les actions des banques européennes ayant été les plus durement touchées. Les indices boursiers américains n’ont pas pâti de la situation en Europe et affichent à nouveau des rendements positifs. Ce mois-ci, les investisseurs en quête de protection se sont tournés vers les obligations, faisant chuter les taux au niveau mondial. Aux États-Unis, le taux à dix ans a toujours du mal à dépasser structurellement le seuil des 3 %. C’est surtout l’inflation de base américaine, dont les résultats étaient moins bons ce mois-ci, qui a empêché une nouvelle hausse.


L’économie aux États-Unis poursuit son accélération

Malgré une inflation de base plus faible que prévu, l’économie aux États-Unis semble ne pas s’essouffler. En mai, 223 000 emplois ont été créés, soit bien plus que les 190 000 postes annoncés. Le taux de chômage a ainsi baissé, passant de 3,9 % à 3,8 %. Un tel pourcentage n’avait plus été enregistré depuis avril 2000. Il faut remonter aux années 60 pour trouver un taux moins élevé encore. Les salaires ont par ailleurs augmenté de 2,7 % sur une base annuelle. Ce renforcement du pouvoir d’achat devrait entraîner une hausse de la consommation, véritable moteur de l’économie américaine.

La Réserve fédérale (Fed) estime elle aussi que l’économie poursuivra sa croissance mais craint d’augmenter trop rapidement les taux d’intérêt à court terme (Fed Funds Rate). Elle a dès lors proposé ce mois-ci une modification étonnante : il sera désormais tenu compte d’une inflation symétrique. En résumé, la Fed est disposée à faire augmenter un temps l’inflation au-dessus de l’objectif des 2 % mais on ne sait pas clairement dans quelle mesure et pour combien de temps. Ce qui est sûr, c’est que l’équipe de Jerome Powell n’ira pas trop vite en besogne en ce qui concerne le nombre d’augmentations des taux et redoute le spread toujours faible entre les taux à long terme et les taux à court terme.

Taxe à l’importation pour l’acier et l’aluminium confirmée

Les pourparlers menés entre les États-Unis et l’Europe en vue de parvenir à un accord sur les taxes sur l’acier et l’aluminium européens n’ont rien donné. Les pourparlers menés par le Canada et le Mexique non plus. Ce point sera très certainement abordé lors du prochain G7, qui se tiendra au Québec. L’Europe et le Canada soumettront l’affaire à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et ont d’ores et déjà annoncé qu’ils prendront des contre-mesures.

 

Les marchés veulent surtout éviter une surenchère de nouvelles mesures (« tit-for-tat »).

Pour l’Europe, des taxes seront prélevées sur quelque 185 produits américains. La liste de ces produits est teintée politiquement. Ainsi, le whisky, qui figure en tête de liste, est principalement produit dans le Kentucky. Il s’agit de l’État du sénateur Mitch McConnell, grand défenseur de la politique de Trump. Aucune réaction marquante n’a encore été observée sur les marchés. La taxe ne sera prélevée que sur 0,1 % du total des exportations américaines, soit 2,8 milliards de dollars.

L’impact de la taxe sur les importations ne doit pas être exagéré pour l’Europe : les exportations d’acier et d’aluminium aux États-Unis représentent seulement 0,3 % des exportations totales en Europe et 0,05 % du PIB européen. Les marchés veulent surtout éviter une surenchère de nouvelles mesures (« tit-for-tat »). Donald Trump avait menacé, par le passé, d’imposer une taxe de 25 % sur les voitures européennes en cas de contre-mesures européennes. Cette taxe aurait un impact beaucoup plus grand sur l’économie du vieux continent : les exportations de voitures européennes aux États-Unis représentent 32 milliards de dollars chaque année. Nous attendons donc les résultats du G7 et le positionnement de l’OMC.

 

Une position toujours plus délicate pour la BCE

La croissance économique qui est passée de 2,7 % à 2,5 %, l’inflation de base qui a chuté de 0,9 % à 0,7 %, les ventes au détail plus faibles… : le mois n’aura pas été des plus fructueux dans la zone euro sur le plan macroéconomique.

Même si la situation est un peu moins favorable, il ressort des procès-verbaux de la Banque centrale européenne que les décideurs continuent à croire en la force sous-jacente de l’économie. L’inflation finira bien par atteindre à nouveau le niveau attendu de 2 %.

Parallèlement, le rapport fait état d’une certaine incertitude, due principalement aux chiffres moins élevés enregistrés dans de nombreux pays et secteurs. Ironiquement, la BCE avait décidé il y a six mois de ramener le programme d’assouplissement quantitatif à 30 milliards d’euros par mois en raison des perspectives favorables. Vu que les données sont toujours plus décevantes, que l’inflation (de base) vacille et que l’Europe fait face à des problèmes politiques, il sera difficile pour la BCE d’avancer un motif valable au cours de la réunion de juin, justifiant la suppression complète du programme d’assouplissement quantitatif.

Est-il dès lors judicieux d’attendre la réunion de juillet ? Si le recul des chiffres se poursuit, la BCE se trouvera dans une position toujours plus délicate. Rendez-vous le 14 juin pour voir ce que Mario Draghi sortira de son chapeau...

Conclusions pour vos placements

  • Les placements sûrs à rendement fixe continueront sans doute à générer un rendement faible pendant un certain temps.
  • Si vous voulez un rendement plus élevé, vous devez être disposé à investir une partie de votre portefeuille de façon dynamique, conformément à votre profil d’investisseur et à vos objectifs personnels.
  • La constitution d’un patrimoine repose sur une vision à long terme, basée sur une discipline d’investissement rigoureuse et le respect de la stratégie choisie. Gardez toutefois à l’esprit que les placements dynamiques connaissent toujours une évolution volatile.
  • La diversification est donc de mise, tant en termes de durées, de classes d’actifs et de gestionnaires.

 

Nous nous ferons un plaisir d’en discuter avec vous sur la base de votre trajet financier personnel. N’hésitez pas à nous contacter pour un entretien.

mercredi 6 juin 2018