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Situation macro-économique : "June really is the end of May…”

Mai 2019. Il a fallu longtemps avant que la coupe de l’humiliation soit pleine et que la Première ministre britannique Theresa May jette l’éponge. Elle démissionnera le 7 juin.

Ni le chef de l’opposition Jeremy Corbyn, ni les alliés nord-irlandais du DUP, ni même les ténors de son propre parti conservateur n’ont validé son nouvel accord sur le Brexit. Le projet de soumettre pour la quatrième fois cette proposition au vote du Parlement britannique aura donc vite échoué. Le coup de grâce final a été donné par le président du 1992 Committee, un groupe important de députés d’arrière-ban conservateurs, qui, au nom de tous ses membres, a demandé à Theresa May de présenter sa démission.

Ce énième rebondissement dans la saga du Brexit, la nouvelle escalade du conflit commercial entre les États-Unis et la Chine et les perspectives de croissance revues à la baisse ont affecté les marchés boursiers et les taux d’intérêt dans le monde entier. Les investisseurs ont de nouveau recherché les valeurs sûres, ce qui a eu pour effet de rapprocher lentement mais sûrement les taux des niveaux plancher de 2016. Le taux belge à 10 ans a plongé sous la barre des 0,30 %, et même le taux à long terme allemand s’est établi à -0,19 %, un niveau encore inférieur au plancher de 2016. 

La dernière gifle de May

Pour Theresa May, le cortège de mauvaises nouvelles ne s’est pas arrêté là, puisqu’une déroute historique aux élections européennes est venue s’ajouter à sa démission. La participation du pays à ces élections pouvait déjà être considérée comme une défaite, mais les résultats du scrutin étaient loin de ce qu’elle avait anticipé :

  • Les conservateurs ont obtenu moins de 10 % des voix.
  • Le parti pro-Brexit créé récemment par Nigel Farage, 32 %.
  • L’autre grand parti traditionnel de la politique britannique, le Labour, 14 %.
  • Les libéraux démocrates ont décroché 20 %.
  • Green, un parti anti-Brexit, a réalisé un score de 12 %.

Si l’on additionne ces deux derniers résultats, nous obtenons également 32 % des voix contre le Brexit. Le Royaume-Uni reste donc profondément divisé.

Dans l’intervalle, la lutte pour prendre les rênes du parti conservateur a commencé. La probabilité de voir le prochain leader élu à court terme est cependant assez faible, d’autant plus que les vacances d’été approchent. Le congrès du parti conservateur aura lieu fin septembre, soit un mois à peine avant la date actuelle du Brexit, fixée au 31 octobre. L’été risque donc d’être agité pour la livre sterling.

 

La Commission est convaincue que la dynamique intérieure est suffisamment forte que pour garantir à l’économie européenne une croissance modérée et la tirer de sa mauvaise passe actuelle.

La Commission européenne a publié ses prévisions de printemps au début de ce mois. Ses pronostics concernant la croissance de la zone euro ont à nouveau baissé légèrement, de 1,3 % à 1,2 %. La révision la plus marquée concerne l’Allemagne, avec des perspectives passant de 1,1 % à 0,5 % à peine. L’essence du message est claire : l’Europe a grand besoin de croissance, mais elle en manque, ce qui maintient les finances publiques de nombreux États membres dans une situation précaire.

La Commission européenne pointe du doigt l’incertitude du climat international. Par ailleurs, de nombreux facteurs propres aux secteurs et aux pays ont joué un rôle dans le récent ralentissement de la croissance. La Commission est cependant convaincue que la dynamique intérieure est suffisamment forte que pour garantir à l’économie européenne une croissance modérée et la tirer de sa mauvaise passe actuelle.

Le consommateur joue un rôle crucial en la matière. La création d’emplois et les hausses graduelles des salaires doivent former un rempart contre la conjoncture difficile qui règne sur les marchés internationaux. Reste à voir si le consommateur européen conservera son optimisme même si l’emploi se met à reculer et que certaines entreprises se retrouvent face à davantage de difficultés dans un contexte international volatile.

Le Royaume-Uni reste profondément divisé.

Escalade de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine

Le mois dernier, le Président Trump a relevé de 10 % à 25 % les tarifs douaniers sur quelque 200 milliards USD de produits. La menace de nouveaux tarifs à 25 % sur le reste des quelque 325 milliards USD de biens importés est également bien réelle. Et ce, après que les négociations ont échoué à la dernière minute. Il semble que les Chinois ne disposent que d’un délai d’un mois pour coopérer. Mais gare aux représailles...

Les entreprises européennes avec une forte présence aux États-Unis et en Chine (surtout les fabricants de machines et les entreprises chimiques) en ressentiront également les effets à court terme. En outre, la Chine risque également de venir déverser son offre excédentaire sur le marché européen.

Le gouvernement Trump a par ailleurs reporté de six mois sa décision d’appliquer un nouveau tarif aux automobiles importées. Les négociations avec l’UE et le Japon sont laborieuses, mais semblent malgré tout évoluer suffisamment bien pour confirmer ce report. En outre, ce relèvement des droits douaniers se heurte à une forte opposition au sein du Congrès américain. Selon le secteur automobile américain, une hausse des droits de douane à 25 % entraînerait une augmentation de coûts de plusieurs milliers de dollars pour les voitures américaines. Cela s’accompagnerait de pertes d’emploi qui se chiffreraient en centaines de milliers.

 

La Fed reconnaît que l’inflation de base est inférieure à l’objectif de 2 %.

Powell garde le cap

Comme prévu, la Fed n’a pas modifié son taux directeur (2,25 %- 2,50 %). La Banque centrale américaine a en revanche baissé le taux appliqué aux réserves que les banques conservent chez elle (-5 pb), mais cette intervention est purement technique. Par ailleurs, elle n’a pratiquement rien changé à ses explications, même si elle a reconnu qu’à l’instar de l’inflation générale, l’inflation de base était désormais (nettement) inférieure à l’objectif de 2 %. 

Dans le style pince-sans-rire qui lui est propre, le président de la Fed, Jerome Powell, a fait passer un message on ne peut plus clair : il n’y a à l’heure actuelle aucune raison d’ajuster les taux dans un sens ou dans un autre. La croissance de l’emploi et des salaires, notamment, montre que l’économie américaine se porte toujours bien. La Fed estime donc que le recul de l’inflation est temporaire et qu’elle pourra se normaliser sans aucune intervention de sa part.

Après cette déclaration, toutes les questions suggestives visant à savoir dans quel sens la politique de la banque allait évoluer ont été savamment éludées. Powell a répété que la Fed ne se laisserait pas influencer pas les pressions politiques. Selon la Réserve fédérale, le risque de voir les marchés réagir de manière excessive en raison d’une politique éventuellement trop accommodante n’est pas non plus significatif. Ceux qui avaient tablé sur le fait que Powell et ses collègues opteraient pour une éventuelle baisse des taux ont donc été contraints de revoir leur copie.

Il semble que les Chinois ne disposent que d’un mois pour coopérer. Mais gare aux représailles...

Endettement chinois

Évalué à quelque 13.000.000.000.000 USD, le marché obligataire intérieur chinois est extrêmement important pour les titres de créance. Au cours des quatre premiers mois de l’année, les entreprises ont été dans l’incapacité de rembourser un montant total de 5,8 milliards de dollars, soit plus de 3,4 fois plus qu’au cours de la même période en 2018. Dans le même temps, la Chine continue de faire pression sur les banques pour qu’elles octroient des prêts aux petites et moyennes entreprises. Ce mois-ci, la Banque centrale chinoise a en outre revu une nouvelle fois à la baisse les exigences de réserve du secteur bancaire.

Pourtant, les problèmes y sont également légion. La semaine dernière, les régulateurs chinois ont pris le contrôle de Boashang Bank, une petite banque qui, comme beaucoup d’autres en Chine, utilisait divers véhicules pour contourner les restrictions d’emprunt plus strictes. C’est ce que l’on appelle le système bancaire parallèle.

Il est difficile d’en évaluer l’importance exacte en Chine, mais les analystes tablent sur plusieurs milliers de milliards de crédits octroyés officieusement. C’est la première fois en plus de vingt ans que les autorités chinoises ont dû reprendre une banque. C’est donc avec inquiétude que les marchés regardent vers l’Est, craignant de découvrir d’autres cadavres dans le placard dans les semaines qui viennent.

Les marchés regardent avec inquiétude vers l’Est.

mercredi 5 juin 2019