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Bank - Banque Van Breda

Investissement : quelles différences entre les générations ?

Carine Jungbluth est administratrice et directrice indépendante en transformation et gouvernance, accompagnant des équipes de direction dans des environnements en mutation. Également administratrice et responsable de la branche francophone de la Fédération flamande des investisseurs (VFB), elle s’engage activement pour le développement de la culture financière en Belgique. Elle allie rigueur analytique et volonté de rendre l’investissement plus accessible au plus grand nombre.

 

Lors de notre entretien, elle partage son expérience et son regard nuancé sur les différences intergénérationnelles en matière d’investissement.

Quand on parle de générations, on tombe vite dans les caricatures : les jeunes seraient “tout crypto”, les plus âgés “tout immobilier”, et entre les deux… une zone grise. Mon expérience est plus nuancée : il y a des tendances, oui, mais elles se superposent à d’autres facteurs tout aussi déterminants.

Ce qui freine les Belges : l’épargne immobile

Carine Jungbluth : « En Belgique, une partie importante de l’épargne dort encore sur des comptes peu rémunérateurs. Or, si le rendement ne compense pas l’inflation, on ne parle pas seulement d’une opportunité manquée : on parle d’une érosion silencieuse. Ce constat, je le fais sans jugement moral : c’est souvent le résultat d’habitudes, de manque de confiance, de peur de “mal faire”, ou d’une absence de repères.

Ce qui me frappe, c’est que l’investissement productif, via des actions ou des ETF (Fonds négocié en Bourse ou “Tracker”), par exemple, reste trop peu présent dans les réflexes de nombreux ménages. Et pourtant, ces instruments peuvent être abordés progressivement et de manière diversifiée.

Carine Jungbluth

Les jeunes : plus à l’aise avec les ETF… et attirés par la crypto

Du côté des jeunes générations, j’observe malgré tout une évolution encourageante : beaucoup sont plus ouverts aux ETF et aux plans d’investissement réguliers. Ils ont grandi avec l’idée qu’on peut automatiser, lisser les fluctuations, et construire dans le temps.

En parallèle, la crypto exerce une attraction très forte. Je l’ai constaté lors de salons et d’événements : l’intérêt est massif. À la VFB, le sujet suscite d’ailleurs des débats. Pour ma part, je distingue clairement la technologie blockchain, que je considère solide et porteuse, des cryptomonnaies elles-mêmes, que je vois comme des actifs très volatils, souvent portés par des dynamiques spéculatives et difficiles à rattacher à une valeur intrinsèque.

Pourquoi cet attrait chez les jeunes ? Plusieurs éléments se combinent : culture numérique, perception d’un ticket d’entrée faible, promesse de gains rapides, et parfois aussi une forme d’apprentissage par l’expérimentation, avec ce que cela implique de risques.


Blockchain vs cryptomonnaies : de quoi parle-t-on ?


La
blockchain est une technologie :

  • un registre numérique sécurisé, partagé entre de nombreux utilisateurs,
  • qui permet d’enregistrer des transactions de manière transparente et infalsifiable, sans intermédiaire.


Les cryptomonnaies sont une application de cette technologie :

  • des actifs numériques (comme le bitcoin ou l’ether),
  • qui utilisent la blockchain pour permettre des échanges et des paiements.


La différence essentielle :

  • la blockchain est l’infrastructure (le système),
  • les cryptomonnaies sont un usage parmi d’autres de cette technologie, avec un niveau de risque souvent élevé en raison de leur volatilité.

 

La génération la plus connectée est aussi celle qui peut confondre vitesse et stratégie. Investir, ce n’est pas ‘aller vite’, c’est ‘tenir’.

Carine Jungbluth

Les 30–50 ans : la génération “sandwich”

Le fossé le plus marquant, dans mon observation, n’est pas toujours entre les plus jeunes et les plus âgés. Le fossé est souvent chez les 30–50 ans : une période de vie où l’on est absorbé par les contraintes familiales, professionnelles, parfois l’achat d’un logement, et une charge mentale qui laisse peu de place à l’éducation financière.

Cette génération peut avoir de bonnes intentions (“je devrais investir”), mais des pratiques irrégulières (“je n’ai pas pris le temps”, “je verrai plus tard”). Ce n’est pas un manque d’intelligence, c’est un manque de bande passante.

Les plus âgés : l’immobilier comme refuge… jusqu’à ses limites

Chez les générations plus âgées, l’immobilier reste une valeur refuge. L’idée est simple : “une brique, ça se voit, ça se touche, ça rassure”. Je comprends parfaitement ce réflexe. Mais je vois aussi, concrètement, les limites : gestion des locataires, contraintes légales, stress opérationnel, charge physique… Avec l’âge, ces contraintes pèsent davantage, et j’observe fréquemment un mouvement : passé un certain seuil, beaucoup cherchent à désinvestir partiellement l’immobilier au profit de placements financiers plus simples à gérer.

Au-delà de l’âge : patrimoine, accompagnement, expérience

Je tiens à le dire clairement : l’âge n’explique pas tout. Le niveau de patrimoine et la qualité de l’accompagnement jouent un rôle majeur. Une étude interne menée auprès de nos membres montre un portefeuille moyen élevé, ce qui n’est pas surprenant dans un réseau d’investisseurs. Mais j’insiste : on peut investir sans être riche.

L’idée qu’il faudrait des montants énormes pour commencer est un frein psychologique très puissant. Or, on peut construire une diversification progressivement, à mesure que l’épargne disponible augmente. Ce qui compte le plus, au fond, c’est la discipline, la durée et la cohérence.

Émotions : pas une question de génération, plutôt de personnalité… et d’horizon

Quand les marchés bougent, beaucoup cherchent une règle simple : “les jeunes paniquent” ou “les plus âgés ont du sang-froid”. Dans mon expérience, ce n’est pas si tranché. La gestion des émotions dépend surtout de la personnalité et de l’horizon de placement.

C’est pour cela que je reviens toujours à un principe : lisser le temps. Sur une période longue, les marchés ont historiquement connu plus de phases haussières que baissières. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de chutes brutales, il y en a. Mais cela veut dire que l’on doit penser “trajet” plutôt que “virage”.

L’investisseur d’aujourd’hui : plus autonome… mais pas sans garde-fous

Un autre changement intergénérationnel, plus subtil, concerne l’accès à l’information. Aujourd’hui, tout le monde peut lire, comparer, regarder des vidéos, suivre des influenceurs. Cette abondance d’information favorise une forme de self-investing : des investisseurs plus autonomes, plus rapides, parfois plus confiants.

Ma position est nuancée : je suis pour l’autonomie, mais je suis aussi pour les garde-fous. Il faut encourager l’esprit critique, et rappeler quelques fondamentaux : disposer d’une épargne de sécurité, n’investir que l’argent dont on n’a pas besoin à court terme, comprendre que les intermédiaires financiers peuvent avoir des intérêts différents… et utiliser les outils d’aide à la décision comme des instruments de vérification, pas comme des oracles.


6 repères pour bien démarrer (sans se compliquer la vie)

  1. Sécuriser une épargne de réserve (pour les imprévus, avant tout investissement).
  2. Investir dans sa résidence principale quand c’est pertinent : c’est souvent un socle.
  3. Profiter des niches fiscales disponibles : elles existent, autant les comprendre et les utiliser.
  4. Commencer simple et diversifier : pour beaucoup de débutants, les ETF sont une porte d’entrée logique.
  5. Investir progressivement (mensuellement, par exemple) pour lisser les fluctuations.
  6. Penser à long terme : la durée est un allié, l’agitation un ennemi.

 

 

Conclusion : génération, oui… mais surtout trajectoire de vie

Si je devais résumer : les différences intergénérationnelles existent, mais elles racontent surtout des moments de vie. Les jeunes testent, explorent, prennent parfois plus de risques. Les 30–50 ans jonglent avec des priorités multiples. Les plus âgés recherchent la stabilité, puis, avec le temps, la simplicité de gestion.

Ce que je défends, au fond, c’est une idée accessible : l’investissement n’est pas réservé à une élite. Il demande de la méthode, un cadre et un minimum de pédagogie. Dans ce parcours, l’accompagnement par un interlocuteur financier peut également jouer un rôle clé : il aide à garder une vue d’ensemble, à prendre du recul face aux décisions et à rester aligné avec une vision de long terme.

Et c’est dans cet équilibre entre autonomie et accompagnement que s’inscrit aussi mon engagement au sein de la VFB francophone. »

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